Marchepieds

Bien mal acquis ne profite jamais.

L’histoire de cette résurgence n’est pas commune et avant de devenir l’une des grandes classiques du Lot, elle aura été sujet de bien des controverses et de discussions. Elle figure sur les cartes et elle s’ouvre en bordure de la rivière le Célé, à quelques kilomètres de la classique des classiques, la source du Ressel. Des tonnes de roches encombraient l’entrée en interdisant l’accès. Une équipe de plongeurs britanniques s’est acharnée à ouvrir l’entrée, présentant sans doute le potentiel fabuleux de cette source. Après deux saisons à creuser, ils réussirent enfin à dégager le passage et à explorer la source. La source se rebouche et un an plus tard, un autre plongeur anglais, Pete Mulholland s’associe à Nadir Lasson, un plongeur spéléo local pour dégager et consolider l’entrée et pour effectuer la topographie. Deux autres années passent et je m’intéresse par hasard à cette cavité car jamais je n’aurais imaginé qu’une telle chose puisse exister ici. S’ouvre un débat, justifié et récurent sur l’éthique et sur le « droit moral » de plonger cette source. Certes, je profite du travail des autres et j’explore une grande partie de troisième siphon. Mais aucune information, ni communication n’avait été diffusée, personne ne savait exactement qui faisait quoi et à priori l’activité n’était pas frénétique ces derniers temps dans la résurgence. C’est un peu l’éternel problème dans notre activité. Une source tombe dans l’oubli, vous reprenez l’exploration. Là trois cas de figures, soit vous profiter vraiment et injustement du travail des autres, soit ceux qui n’y mettaient plus les pieds depuis des années crient au vol, au manque d’éthique et de sens moral, soit tout le monde se raméne par l’odeur alléché. J’ai vécu ça dans plusieurs cavités où à peine le compte rendu publié, les pointeurs pointaient leur nez, juste pour voir. Alors, fort de cette expérience, je me méfias et je me méfie toujours des soit disant « priorité » ou « paternité » sur les explorations des cavités, surtout lors qu’aucune publication n’atteste d’une activité récente. Enfin, la morale est sauve car appelé à la rescousse pour laver l’honneur bafouée, Rick Stanton dépassa mon terminus pour butter moins de cent mètres plus loin sur un bouchon de roches dans un puits remontant. Plus tard la publication et la divulgation des explorations provoqua un certain remous et surtout un afflux massif de plongeurs sur ce nouveau spot. Les propriétaires ne comprirent rien à l’affaire, suspectèrent la présence d’un trésor dans leur source et ils me menacèrent même de procès pour violation de propriété privé et troubles divers… ! Toute une histoire pour pas grand chose dans le fond. L’affaire se calma avec le rachat du terrain par le conseil général du Lot et le calme revint au fond de la vallée du Célé. Depuis, Marchepieds est devenue une Classique incontournable du département.

La petite histoire :

La résurgence bouchée par des rochers est restée impénétrable durant des siècles bien que figurant sur les cartes IGN de la région. Durant l’été 2001, une équipe anglaise du CDG*, composée par Clive Stell, Tim Chapman, Marcel Hattemann et Martina Maier commence la désobstruction de l’entrée. L’été suivant, en 2002, ils ouvrent la galerie et ils commencent l’exploration du premier siphon. Ils atteignent après plusieurs plongées le départ du troisième siphon à 670 mètres de l’entrée. En 2005, Clive Stell plonge ce troisième siphon sur 100 m. L’entrée se rebouche partiellement entre 2006 et 2007, Peter Mulholland et Nadir Lasson, ouvrent à nouveau le passage, ils consolident les murs qui ceinture la vasque et la pente avec des tôles et des étais. Ils effectuent aussi la topographie de la cavité. En 2008, je réalise deux plongées en solitaire et j’explore 200m puis 250 m de galerie vierge jusqu’à une profondeur de 58 mètres dans le troisième siphon. Deux mois plus tard Rick Stanton* franchit une voûte de roche partiellement colmaté par un lit de gravier à – 65 m de profondeur. Il prolonge l’exploration de 73 mètres dans le troisième siphon, pour une profondeur max de 69 mètres. Un éboulis infranchissable stoppe tout espoir d’exploration à 57 mètres de profondeur.

Données techniques :

Localisation : Marcilhac sur Célé (Lot, France)

Accès : Facile, c’est fléché… !

Spécificités : Entrée étroite, intersiphons gazés.

Longueur totale: 1370 m

Longueur noyée : 1208 m. S1. 510 m/- 17m. S2. 28 m/- 5m. S3. 668M/-69 m.

Longueur exondée : 162 m. G1. 40m. G2. 122 m

Profondeur Maxi : 69 m

Nombre de siphons : 3

Nombre de salles : 2 plus plusieurs cloches.

Équipement : Sidemount, recycleur latéral et propulseur lors de l’exploration.

Topographie :

Anecdotes :

L’exploration de cette résurgence aura été un tournant dans ma vie de plongeur souterrain. J’appliquais les « anciens » préceptes utilisés dans le milieu de la plongée francophone et cette exploration effectuée en solo aura été physiquement éprouvante. Trop lourd, mal configuré, mal équilibré, mal équipé, j’ai souffert, notamment dans le franchissement des siphons, assez courts mais toujours trop longs dans ces conditions. D’autant plus que l’intersiphon est souvent pauvre en oxygène et riche en gaz carbonique ce qui rend le moindre effort épuisant. A chaque fois, les retours ont été redoutables, ponctués de nausées et de vomissements, je me souviens être sorti de nuit, m’être allongé dans le champs au bord de la résurgence, encore tout équipé. Je regardais le ciel constellé d’étoiles et je savourais ce spectacle sublime. Je me jurais de ne plus y retourner et j’étais même à deux doigts de tout arrêter, écœuré par tous ces efforts et ces souffrances. Une fois déséquipé, la voiture chargée, enivré par cette magnifique exploration, par la beauté de la partie profonde du troisième siphon, par les douceurs des odeurs lotoises et par le bien être revenu, je me disais que tout compte fait, je ne pouvais pas laisser tomber. Plus tard, je me suis intéressé à d’autres techniques de plongée, notamment aux techniques développé par William « Bill » Hogarth Main*. Cette configuration appelée aujourd’hui style Hoghartien est bien connu de tous les plongeurs. Il est basé sur l’épuration et le minimalisme, se détacher de tout le superflus et ne garder que l’essentiel. Je n’ai pas complètement basculé dans le DIR* mais je tente encore d’aller dans ce sens et de faire le ménage dans mon équipement. J’y vois une forme de métaphore, applicable non seulement à la plongée mais aussi à la pensée, à la vie quotidienne, une forme de travail d’une vie, une quête philosophique. On passe sa vie à remplir sa maison, à remplir son esprit de choses et d’autres, alors que dans le fond, la vraie quête, la vraie richesse est peut être d’enlever tout le superflus.