Ultima Patagonia 2006

Mais où sont les Alakalufs ?

Résurgence des Lobos.

Plongée aux Lobos.

Mercredi 22 février 2006. Franck et Pierre Eric.

Nous voila enfin partis pour plonger le gros objectif de l’exploration, au niveau de la plongée. La résurgence des Lobos est la seule résurgence pénétrable et digne de ce nom, connue à ce jour.

L’endroit est magique, une « porte » s’ouvre dans le séno, encadré par la roche et les arbres, elle donne accès à une espèce de piscine naturelle. Au fond, un canal encombré par de nombreux arbres morts, amène au siphon.

Franck part poser un nouveau fil et il en profite pour semer des pièges dans tout le siphon. Des pièges à bébêtes… ! Il dépose un relais et il équipe le siphon en partie haute alors que les précédents plongeurs ont équipé en partie basse. Cette solution permet de s’économiser des paliers.

A sa sortie, il est enchanté par sa plongée, le siphon est magnifique. J’ai hâte d’y être. Je lui emprunte ses détendeurs car j’ai oublié les miens à Guarello. Je pars avec 4 bouteilles ( deux 10 litres en dorsale et deux 6 litres en relais, une autre 6 litres m’attend dans le siphon) .

L’entrée est encombrée de branches mortes et bien qu’ils ne soient pas là, je pense aux phoques qui habitent dans l’entrée de la grotte. Je suis fou de joie de plonger cette résurgence et j’espère pouvoir découvrir un peu plus lors de cette plongée. Je ne remercierais jamais assez Franck de me laisser la chance d’aller explorer cette résurgence.

Les oreilles bloquent à 30 mètres, mais après 5 minutes d’attente, je parviens à les passer. Assez vite je parviens au terminus de Michel Phillips et je raccorde mon fil au sien. J’ai sa topo en tête et je remonte le long de la paroi inclinée, presque verticale. Assez vite je ne crois pas à cette hypothèse, la suite n’est pas en haut, du moins la suite active. J’avance en même temps et je parviens au sommet d’une arrête rocheuse. Le courant est derrière, je vois les particules défiler. Bingo, l’actif est là, la suite est en dessous.

Il y a peut être quelque chose au dessus, il faudra voir un jour en réalisant la topo. Ca descend à nouveau, la galerie change de direction. La roche est toujours aussi belle, cupulée, grise, veinée de blanc. A ce niveau je rejoins une galerie large, très large, les parois sont à peine perceptibles. Elle est balayée par un courant très violent, le plus violent sans doute rencontré dans le siphon. Nez dans le jus j’avance un peu plus vers le fond.

La galerie est très grande, maintenant les parois sont à nouveau imperceptibles. Le courant lui est toujours aussi fort. Le conduit descend toujours, lentement mais doucement. La roche est lisse, sans aspérité, juste quelques coups de gouges, mais très peu de béquets pour fixer le fil…. ! Je suis la paroi à ma gauche, le courant faiblit, mais il est toujours présent. La galerie rétrécit, je regarde les manos, il faut faire demi tour. Il est grand temps, je n’ai que des 10 litres. Je fixe le fil à 49 mètres de profondeur, 90 mètres ont été tiré, le siphon est grand, immense et très beau.

Je rentre rapidement, néanmoins, je prends un peu de temps pour la topo. Je ne traîne pas car j’ai passé beaucoup de temps à 49 et à 40 mètres. L’ensemble de la plongée est réalisé à l’air et la décompression le sera aussi… ! En France j’aurais bien évidemment utilisé des mélanges respiratoires, mais j’imagine la complexité supplémentaire pour organiser ces plongées en Patagonie. Peut être une prochaine fois… ?

Je récupère les relais les uns après les autres, un dévidoir que j’avais échappais à la bifurcation ? C’est l’une de mes spécialités la perte de dévidoir… ! Heureusement que nous repassons au même endroit au retour, ça permet de récupérer son matériel.

Ce siphon est bien plus complexe que ce la coupe topographique pouvait laisser présager. Le courant devient violent par endroit et diminue à d’autre sans justification apparente ( pas d’étroiture). A plusieurs endroits, l’halocline est prononcée et il me semble que l’eau soit presque tout le temps saumâtre. A deux endroits le courant part dans plusieurs directions, ce qui pourrait indiquer que le siphon se divise en plusieurs parties. Vu la taille des galeries et la configuration de celle-ci, le siphon n’est pas linéaire. Il existe très certainement plusieurs passages annexes (au niveau de la « crête », au dessus de l’ancien terminus et au niveau bas de la « crête » où l’on trouve un amont et un aval).

Comme souvent sous terre et sous l’eau rien n’est jamais aussi simple que ce que l’on peut présager. Cette résurgence des Lobos est belle par la qualité de la roche, par la physionomie de ses galeries. La majeure partie de la plongée s’effectue le long d’une paroi faiblement inclinée.

Les Lobos semble aussi être une résurgence d’importance d’une part par son débit mais aussi par la complexité de ses circulations d’eau (douce et marine) et par la disposition de ces galeries.

Pour conclure, je pense qu’il serait souhaitable de réaliser plusieurs plongées uniquement dédiées à la topographie afin de dessiner le visage exacte de cette cavité et ensuite de reprendre l’exploration. Les Lobos est une cavité majeure et je rêverais de disposer de ce genre de siphon en France. Sans aucun doute, il risquerait de figurer dans les plongées majeures de l’hexagone.

Bon après ces considérations pseudo techniques ou scientifiques, j’ai effectué mes paliers sur une table Comex, avec une large majoration par sécurité. Premiers paliers à 15 m et derniers à 3 mètres. Retour à la surface enchanté par une super plongée. Rendez vous demain pour essayer de faire de belles images… !

Perte du Katchwo.

Seconde plongée à la perte du Kawtcho.

Avec Franck, Alan et Pierre Eric, le mardi 21 février 2006.

Suite au succès relatif de la première plongée de la perte dite du Kawtcho (un mauvais esprit, un géant d’après la mythologie Alakaluf qui le jour se cachait sous terre), nous sommes retournes aujourd’hui pour continuer l’exploration de cette cavite.

Profitant du beau temps exceptionnel et d’un ciel sans nuage, nous retrouvons Alan sur son Kayak au fond du seno Soprador. Tous les trois nous montons à la perte lourdement charge. Comme toujours me direz vous lorsqu’il s’agit d’histoires de plongeurs…! Trente minutes plus tard nous voila la haut, ou plus tôt en bas, aux pieds de la cascade et de la grotte. Franck équipe le ressaut de quelques mètres avec deux spits pour plus de confort et c’est forcement réussit….!

Franck emporte la plus grosse parti du matériel au bord de la vasque et ensuite il part poser un filet pour capturer des petites bestioles dans une autre résurgence du seno. Je finis de m’équiper avec l’aide d’Alan qui me passe les affaires indispensables a la plongée » Et oui, c’est plongeur ont toujours besoin de se faire assister, materner presque….!

Enfin prêt, je pars avec trois 6 litres pour poursuivre l’exploration de cette très jolie perte. Le S1 de quelques mètres est franchi en quelques secondes. Je sors de l’eau et je marche jusqu’à la vasque du S2. Comme il n’a pas plu depuis plusieurs jours et oui, ça arrive même en Patagonie, le niveau de l’eau est plus bas, au moins de 1,4 mètre. La mise à l’eau est un peu plus sportive, pour la sortie, on verra au retour. Ça devrait aller…!

Je pars dans le S2. Cette fois j’ai monte le phare HMI et je perçois bien mieux les volumes de la galerie. Qui est vraiment très jolie. Au début du puits, je croise pas mal de petites bébêtes qui nagent autour de moi. La haut dans les siphons hexagonaux, je n’en n’ai jamais vu de pareils. Je n’ai rien pour faire la collecte, dommage car cela aurait été utile a Franck pour ses études…! Je rejoins l’ancien terminus qui est forcement moins profond que la dernière fois vu que le niveau d’eau a baisse. Ce qui signifie aussi par la même occasion que le S1 et le S2 n’ont pas grand chose à voir ensemble dans cette histoire. En effet le S1 est alimente en eau aussi bien au départ qu’a l’arrive du siphon. Pas le S2…! Donc l’eau du S1 s’évacue par un autre endroit.

Donc arrive a l’ancien terminus, je fait un double nœud, la redondance du plongeur spéléo, même dans les nœuds (de plus chat échaudé craint l’eau….!) et je continue la descente. J’espère que ça n’ira pas trop profond car avec mes 6 litres je ne vais pas aller bien loin. Le puits descend toujours incline et vers 34 m, je touche le fond en roche mère, avec quelques gros blocs poses sur le sol. La galerie continue, elle tourne presque à 90 degrés sur la gauche, génial, un peu de ballade en perspective. Le dévidoir tourne, il chauffe presque….! La galerie change de physionomie. Elle s’aplatit et elle s’élargit, trois mètres de large pour 1,5 de haut. Le sol est compose par une multitude de petits cailloux de grès marron, agglomérés par les sédiments. Je plonge en combinaison humide, même complètement mouillée et a cette profondeur, je ne supporte pas du tout les 8 degrés de l’eau….! C’est froid 8 degrés surtout pour un spéléo qui a pris l’habitude de plonger en étanche depuis des années. Je commence à trembler de partout.

J’avance encore, il ne reste plus beaucoup de fil dans le dévidoir. Je sors de la galerie aplatie pour me retrouver au milieu d’une faille transversale. En haut ça remonte un peu, en bas ça redescend carrément. Vraiment géant ce trou. C’est super beau. Je n’ai plus de fil dans ce dévidoir mais j’en ai un autre. J’amarre le fil et malheureusement la plongée va s’arrêter ici….! J’ai largement dépassé les quarts d’air alloués pour le trajet aller. Sécurité oblige, je dois faire demi tour. Ceci dit vu que je tremble comme un chat mouille en hiver, ce n’est pas plus mal. Je sors la plaquette topo et le compas sphérique et consciencieusement je prends les relevés topo…!

L’ordinateur prête par Franck (le mien est tombe en panne, c’est lui qui bipe depuis une semaine dans la Bodega…!) me donne 5 minutes de paliers. Je suis très content, dans une eau à 8 degrés, quel plaisir. Bon je ne vais pas me plaindre après cette belle plongée.

Je récupère l’appareil photo et le relais laisse plus haut. Je remonte lentement et les quelques minutes de décompression passent vite.

Je sors de l’eau, il va falloir sortir de la vasque. Je laisse le relais et je parviens avec prudence et sans trop de mal à escalader les parois glissantes du puits. Je ne risque pas trop de me faire mal, juste de retomber dans l’eau mais je n’ai pas envie de finir la journée dans le siphon. Ça va j’arrive a sortir. Je laisse le bi pour rechercher le relais. Ensuite, je repars et je franchis le S1 vite fait bien fait. Franck m’attend et je lui raconte aussi tôt ma plongée. Le S2 fait maintenant 70 mètres de long, pour 36 mètres de profondeur.

Le retour sera sans problème après 30 minutes de portage jusqu’au seno. Nous croiserons, de très loin l’équipe en train de monter au Roberto (Marta, Zape, Guillaume et Buldo). Alan rentrera à Guarello en kayak et nous en Bombard.

Pour conclure sur cette perte, une autre plongée est envisageable, avec toujours des blocs plus gros et surtout avec une combinaison étanche. Et toujours dans une relative stabilité météorologique….! Peut être dans les jours à venir s’il nous en reste le temps…? En tous les cas un grand merci a Alan et surtout a Franck pour leur aide précieuse pour réaliser ces plongées et notamment le rôle le plus ingrat, celui du portage….!

(Petit) Journal (dessinè) d’une expédition :

Centre Terre. Le site web de l’édition 2006.

https://www.centre-terre.fr/ultima2006/

Centre Terre :

https://www.centre-terre.fr/

France Inter. 17 Février 2006.

https://www.centre-terre.fr/ultima2006/FranceInter_20060217.mp3

Des films :

https://vimeo.com/channels/1255163/220942424