Recycleur latéral.

Le recycleur tout terrain ?

Nous ne saurons probablement jamais qui a eu en premier, la géniale idée de créer un recycleur latéral. Peut importe, me direz vous et sans doute que cette fameuse idée est apparue simultanément dans les esprits avisés de plusieurs plongeurs à travers le monde. Sans doute, une idée, un modèle inabouti et bricolé par un précurseur averti, a permis d’aller un peu plus loin et de donner enfin naissance à un appareil fonctionnel. Si je dois avoir une certitude, c’est bien celle de la motivation, la même à travers le monde, celle de créer un recycleur « idéal » et parfaitement adapté à la plongée souterraine. Bien qu’un certain nombre de recycleurs actuels soient utilisés par les plongeurs souterrains et ceci dans le monde entier, un seul recycleur a été conçu spécifiquement pour aller sous terre, c’est le recycleur latéral. Donc, toute la réflexion, la mise en œuvre et les exemples décrits le sont dans un contexte de plongée souterraine, spécifiquement.

Dans la folie humaine du classement, du bien ordonné, il existe deux grandes familles de recycleurs, les circuits fermés et les semi fermés. Pour les sous espèces, je vous laisse le soin de consulter les sites et ouvrages spécialisés, ça n’est pas l’objet du jour. Dans ces deux catégories, il existe trois autres familles, les recylceurs dorsaux (la majorité), les ventraux et les recycleurs latéraux. Et c’est sur ces derniers que nous allons nous attarder pour deux raisons principales. La première tient à ma pratique de la plongée souterraine et ensuite dans mon utilisation « exclusive » du recycleur latéral en plongée souterraine. Je ne parlerais donc que de ce que je connais le mieux.

En premier lieu, il ne faut pas confondre le recycleur « tubulaire » avec le recycleur latéral. Même si leur aspect est confondant de ressemblance, l’utilisation n’est pas la même. Des modèles comme le RB80 d’Halcyon n’est prévu qu’en usage dorsal. L’EDO a été parfois utilisé en usage latéral, mais le plus souvent il est utilisé en dorsal. Non, le recycleur latéral a été conçu pour se porter sur le côté et essentiellement de cette manière. En France, une des premières tentatives a été effectué par Christian Thomas. Ensuite nous devons le développement et la mise au point du Joker (SCR) et du Joky (CCR) a Fred Badier et Bernard Glon pour la fabrication (Airtess). Après des années d’essais, de mises au point, de tâtonnement, est né ce recycleur conçu spécifiquement pour la plongée souterraine. Qu’est ce qui le différencie des autres ?

Il se porte à droite ou à gauche, rarement dans le dos, mais sur le côté. Que vous plongiez en scaphandre dorsal ou à l’anglaise (avec les blocs sur le côtés), cela ne change pas grand chose. Le recycleur latéral trouve sa place. Sa position idéale devra placer le faux poumon au niveau des poumons du plongeur, pour un confort respiratoire idéal. De nombreux plongeurs souterrains plongent avec des recycleurs « normaux » et ils ne s’en portent pas plus mal. Pourquoi, certains d’entre nous privilégions cet appareil ?

Pour ma part, les deux principaux arguments sont sa souplesse d’utilisation, sa modularité, son côté passe partout. Ensuite et enfin, il y a le prix, indéniablement, l’un des recycleurs les moins onéreux du marché. D’une part, il est assez facile de le fabriquer soi même et d’autre part, les petites séries de fabrications artisanales un peu plus chers restent bien en dessous des appareils standards, vendus dans le commerce. De toute façon, aucun autre appareil ne permettrait de réaliser certaines plongées. Pour faire simple, le recycleur latéral est à l’aise partout, dans les grandes et grosses cavités aussi bien que dans les siphons intimes, étroit et touilleux.

Avant d’aller plus loin dans les différents cas de figures d’utilisation, nous allons regarder de plus près un modèle de recycleur latéral. Mais d’une manière générale, ils se ressemblent tous, tout du moins dans les grandes lignes. Le modèle retenu est un recycleur à circuit fermé (CCR).

Il se décompose en trois parties.

La première est la chambre d’injection, partie supérieure et névralgique du recylceur. La seconde est la partie centrale, avec le faux ou les faux poumons. La troisième partie est le cansiter, placé en bas. Trois étages, avec une multitude de variations au niveau des différentes mises en œuvre, mais qui au final respectent le plus souvent ce schéma de base.

La chambre d’injection, est un « carrefour » ou les tuyaux annelés (inspiration et expiration) arrivent. Les cellules d’O2 se fixent à l’intérieur et on y trouve aussi l’ADV pour l’injection du diluant. Son accès pour un déclenchement manuel n’est pas forcément évident, mais cela n’est pas gênant. Une inspiration un peu plus forte permet de déclencher l’ADV et d’injecter ainsi du diluant. Enfin, le lecteur de PPO2, se connecte le plus souvent sur une prise, sur la chambre d’injection. L’apport d’O2, ne se fait pas directement dans ce premier étage, bien que le tuyau y passe, mais pour aller jusqu’au faux poumon, où l’O2 est injecté directement dedans.

Le second étage est donc composé par un faux poumon, constitué par un sac (inspiration) dans lequel l’oxygène est injecté directement. Sur se sac est vissé une soupape d’expiration, réglable. Un tuyau annelé, permet le passage de l’air expiré jusque dans le canister. Il est possible de remplacer ce tuyau par un sac d’expiration et ainsi de doter le recycleur de deux faux poumons, ce qui tend à améliorer le confort respiratoire.

Enfin le dernier étage est composé par le canister avec sa chaux. Au fond est aménagé un piège à eau, qui est le plus souvent complété par un absorbant (éponge découpée où tampon hygiénique). Le canister est de type axial, le gaz expiré par le bas, remonte au travers de la chaux, il est filtré et il ressort dans le faux poumon. La capacité du canister varie selon les modèles et les utilisations. Mais elle sera limitée par les règles (mystérieuses) de la mécanique des fluides et de la physique. Au delà d’une certaine longueur et d’un certain diamètre, il deviendra inutilisable. La moyenne se situe entre 2,5 et 3 kilogramme de chaux.

La plus part des connexions entre les différents éléments sont effectuées avec des raccords rapides Dragger, type P Port.

Les faux poumons peuvent être réalisés dans différents types de matériaux. A l’heure actuelle, la toile enduite souple est le matériau le plus utilisé. Le faux poumons peut être fait sur mesure ou alors l’utilisation d’une gourde souple, type MSR ou Ortlieb est fréquemment employée. Ces toiles associent souplesse et robustesse, d’autre part la standardisation de ces produits, permet une utilisation d’autant plus simple et aisée.

L’un des points primordial pour l’utilisation du recycleur latéral est l’embout, spécifique…! A l’inverse de son cousin dorsal, les deux tuyaux partent et arrivent du même côté. F Badier et Airtess ont inventé et mis au point un embout latéral, à piston. Simple et compact, il permet de connecter les deux tuyaux du même côté et ainsi de s’adapter parfaitement à l’utilisation demandée. Une nouvelle évolution est en train de voir le jour, c’est le développement d’un embout latéral avec BOV. Comme les embouts traditionnels, un second étage de détendeur est « greffé » sur l’embout, ce qui permet d’un seul geste de repasser en circuit ouvert en cas de besoin, où même d’injecter du diluant dans la boucle facilement.

La PPO2 est contrôlée à l’aide de deux cellules dans la plus part des cas. Certains ajoutent une troisième cellules, notamment pour l’utilisation d’un ordinateur connecté au recycleur. La lecture s’effectue sur un afficheur, avec ou sans HUD, selon les modèles et les fabricants. Là encore, il est possible d’utiliser presque tous les types d’afficheurs du marché actuel, seule la connexion au recyleur devra être compatible. La calibration des cellules s’effectuera selon les différents modes opératoires des appareils.

L’injection d’Oxygène se fait à l’aide d’une vanne type Kiss ou Hydrogom, donc d’une manière automatique et mécanique, calibré selon le débit de la buse. En cas de besoin, une pression sur l’injecteur et le plongeur augmente la quantité d’oxygène dans la boucle. Il est possible d’employer des vannes micrométriques afin de régler le débit de l’oxygène lors de la plongée et selon les différentes profondeurs atteintes.

Pour l’injection de diluant, elle se fait donc via un second étage qui se déclenche sur inspiration ou dépression du sac. L’ADV est soit situé dans la première chambre, mais il peut aussi être positionné sur le poumon dans la partie centrale du recylceur. Pour ma part, j’ai ajouté une vanne ¼ de tour sur le flexible d’injection de diluant. Cela permet un contrôle immédiat de celui-ci lors de la plongée. En position fermé, cela évite un apport de diluant à la descente et dans les premiers mètres, justement là où il est important de faire monter le PPO2. En cas de débit continu de l’ADV cela permettrait d’arrêter immédiatement l’arrivée du diluant.

Sur les nombreux modèles fabriqués par les utilisateurs eux mêmes, les « home-made », où sur l’évolution du Joky par exemple, le mini Joky, la chambre n°1, la chambre d’injection disparaît. Cela permet de réduire l’encombrement du recycleur, il devient moins long. Une simple flasque capote l’appareil et elle sert de connexion entre les différentes pièces.

Maintenant que nous connaissons un peu mieux le fonctionnement du recycleur latéral, nous pouvons passer en revue les différents principe d’accrochage et de mise en œuvre de l’appareil.

Nous allons commencer par l’exception, assez rare, la position dorsale. Monté sur un châssis ou à l’aide de fixations rapides, avec son bloc de diluant et d’oxygène de part et d’autre, il fonctionne alors comme un recycleur classique. Cela reste une exception car l’acquisition de ce type d’appareil n’est pas motivé par le positionnement traditionnel. Néanmoins, cela reste possible est d’une utilisation confortable.

La configuration « normale » est donc de placer le recycleur en position latérale « arrière », juste au dessus du bras, sur le côté. Il est maintenu en bas par un sangle qui passe autour de la cuisse ou par un mousqueton accroché sur le harnais. En partie haute, il est fixé par par une sangle et un mousqueton sur le harnais, au niveau du torse. La sangle passe sous le bras. Les tuyaux annelés passent au dessus de l’épaule, le lestage des tuyau est indispensable. L’afficheur de PPO2 est le plus souvent fixé sur l’avant bras.

C’est au niveau de l’organisation et de la gestion des bouteilles que des différences apparaissent. Certains plongent avec un bi dorsal (de diluant) et emportent une petite bouteille d’oxygène, portée en relais pour la connexion au recycleur. C’est la configuration classique du plongeur spéléo ou du plongeur tek, avec un recycleur en plus. Dans certains cas, c’est intéressant, dans d’autres moins. La présence des seconds étages autour du cou complique et encombre le plongeur. Cela apporte confusion et embarras.

La suppression des seconds étages est une étape importante dans l’évolution. Ils seront remplacés par des flexibles à raccords rapide. Cela permet de raccorder tous les blocs au recycleur, soit pour changer la nature du diluant, soit en cas de défaillance éventuelle d’un détendeur. Cela permet aussi de clamper un second étage, adapté spécifiquement avec un raccord rapide. Un seul second étage, pour toutes les bouteilles, cela offre l’avantage de la simplification et d’un encombrement moindre.

La seconde solution est de prendre uniquement une bouteille de diluant et une bouteille d’Oxygène (4 ou 6 litres), en dorsal et d’emporter un bloc de secours, le fameux « bilout » en cas de défaillance du recycleur. Le volume et la quantité des bouteilles de secours varient selon la distance, le profondeur et les paliers à effectuer, en circuit ouvert.

En configuration à l’anglaise ou en latéral, c’est à dire avec les bouteilles fixées sur le côté du plongeur. Le fameux « sidemoun t », ces deux cas de figures sont les mêmes. Deux bouteilles de diluant ou une de diluant et une d’oxy sur le côté, avec un bloc de secours. Le recycleur lui trouvera sa place au même endroit.

Pour ma part c’est cette configuration que j’utilise le plus. Les cavités explorées et fréquentées depuis des années ne permettent le passage d’un plongeur qu’avec les blocs sur le côté. Par la force des choses, c’est devenu un petit peu ma spécificité, ma spécialité. Quand bien même dans les cavités larges et spacieuses, je finis quand même par plonger à « l’anglaise ». D’une certaine manière, c’est la configuration qui permet de passer partout. Les siphons peuvent vous laisser croire à un début « royal », spacieux et assez vite vous barrer la route avec une étroiture infranchissable en scaphandre dorsal. En configuration latérale complète (bouteilles et recycleur) presque rien ne vous arrête…! Vous passer presque partout et surtout là où les configuration dorsale ne le permettent pas. Même si certains recycleurs dorsaux restent d’un encombrement raisonnable, il est impossible de passer dans de nombreuses cavités.

Et parfois même en configuration latéral complète, le plongeur peut se retrouver face un passage trop étroit. Il est alors possible de décapeler le recycleur et de le pousser devant soi, tout en respirant dessus. La position de l’appareil est primordial, dans la mesure du possible il devra être positionné au dessus du plongeur, sous peine d’avoir le syndrome du hamster, c’est à dire, une surpression importante avec tous les gaz qui remontent naturellement vers le point le plus haut. En cas d’étroiture encore plus sévère, il est possible d’abandonner le recycleur et de passer en circuit ouvert pour franchir le passage étroit. Là encore, il est possible de décrocher le bas des bouteilles et de les pousser devant pour être encore plus fin. Mais là, nous rentrons de pleins pieds dans les plongées d’explorations, nettement plus « engagées » que la plongée (souterraine) loisir.

Pour finir, il est possible, assez facilement, de plonger avec deux recycleurs, en latéral. Peu d’appareil permettent une telle configuration. Pas facile de partir avec les dorsaux, sauf aménagements et modifications spécifiques. L’utilisation d’un second recycleur en solution de secours est un gage de sécurité et de tranquillité considérable. A plusieurs niveaux. Le premier au niveau de la logistique, pas besoin, d’emporter une quantité considérable de bouteilles de sécurité. Autant pousser la logique jusqu’au bout et aborder la redondance en recycleur et non pas en circuit ouvert. Ce qui n’empêche pas d’emporter avec soi, une bouteille de sécurité, le temps de passer d’un recycleur à l’autre. Dans le cas du double recycleur, un de chaque côté, il est impératif de doubler complétement le système, soit deux blocs de diluant et deux blocs d’oxygène. Je vous l’accorde, cela commence à faire beaucoup et à redevenir un peu plus encombrant. Mais ça le sera toujours moins que les configurations lourdes, avec des dizaines de bouteilles relais et de sécurité utilisées lors des dernières grandes explorations souterraines en circuit ouvert. Dans ce cas de figure, (double recycleur latéral), un bi dorsal (6 ou 9 litres) de diluant, les deux recycleurs positionné de part et d’autre, deux bouteilles d’oxygène (4 litres) soit fixées sur le bis dorsal, soit fixées devant en relais et le tour est joué. Cette configuration n’est valable que dans les cavités spacieuses, avec utilisation d’un propulseur de préférence. L’hydrodynamisme en prend un coup quand même. Mais elle permet donc de rester dans une logique de sécurité optimale, notamment au niveau de la décompression. Car en cas de défaillance d’un recycleur le passage en circuit ouvert a une incidence énorme sur les temps de décompression et sur la gestion des paliers. Passer d’une PPO2 constante (avantage du CCR) à un système de mutigaz, quelques nitrox ou trimix est excessivement pénalisant et défavorable pour la décompression. Les temps de paliers vont se démultiplier, on va passer du simple au triple, sans parler de l’incidence forte sur le moral du plongeur.

Certains plongeurs utilisent un recycleur dorsal classique comme recycleur principal et emportent un recycleur latéral pour assurer leur sécurité et redondance en cas de défaillance. L’utilisation et le mode opératoire reste le même que décrit précédemment.

La légèreté du recycleur latéral en fait aussi un très bon outil pour les explorations typiquement spéléo, soit en fond de trou soit en multisiphons. Il est facilement transportable, sa légèreté rend sa manipulation plus facile. D’une conception simple et « rustique », il supporte assez bien les conditions difficiles rencontrées parfois sous terre.

Pour exemple, je peux évoquer l’exploration de la grotte de la Sexagésime, dans la Drôme, une plongée typiquement spéléo, avec une progression souterraine étroite, puis très boueuse. Un premier siphon ressemblant plus à un cloaque qu’à autre chose et ensuite, le « paradis ». Une grotte magnifique et des siphons limpides et très beau. Les dernières plongées ont été réalisées grâce à l’emploi d’un recycleur latéral, seul appareil transportable et utilisable dans ces conditions.

Nous sommes plusieurs à utiliser le principe du recycleur latéral pour explorer les rivières souterraines. Le plus souvent, il s’agit de plongées longues aussi bien en temps qu’en distance, parfois profondes et très profondes, où dans des conditions difficiles, étroitures et faibles visibilités. Le plus souvent, ces explorations ne pouvaient être réalisé qu’en recycleur latéral, notamment pour les cavités étroites.

Pour ma part, l’exploration de la grotte de Corveissiat (1700 m dont 1200 noyés, 12 siphons), dans l’Ain n’a été possible que par l’utilisation d’une configuration latérale et l’emploi du recycleur. Plusieurs étroitures et un siphon très intime imposent une sélection « naturelle » tant au niveau du matériel que des plongeurs. Il en a été de même pour la source de Marchepieds (3 siphons, 1200 m dont une bonne partie du troisième siphon dans la zone des 57 mètres, puis une descente à – 73) où l’entrée très étroite n’est possible qu’en configuration latérale. Même configuration utilisée par Rick Stanton pour prolonger l’exploration du troisième siphon et d’atteindre une trémie remontante.