Spéléo Magazine 77. Plongées chinoises.

Plongées chinoises.

Notre « aventure » a débuté grâce à un mail envoyé par Jean Bottazzi, à la communauté des plongeurs spéléos français. Grâce à lui, nous avons découvert dans la région du Guangxi, un site exceptionnel pour la plongée souterraine. Sébastien a effectué un aller retour express du côté de Du’an, pour établir des contacts indispensables et précieux avec les autorités locales afin de rendre possible le montage d’une petite expédition de reconnaissance. Son enthousiasme et ses belles images nous ont convaincus facilement. Six mois plus tard, nous prenions l’avion, par un petit matin froid et brumeux d’automne en direction de Canton. Nous étions cinq plongeurs plus cinq accompagnateurs dans ce périple à dix milles kilomètres de chez nous. Les explorations des sous-sols chinois ne sont pas nouvelles, de nombreux spéléos œuvrent depuis des années déjà dans ce pays. Les explorations en plongée sont un peu plus rares, même si quelques incursions ont déjà été réalisées dans différentes régions. Mais là, nous avons sans doute découvert une sorte d’Eldorado, un nouvel Himalaya de la plongée souterraine. Bien qu’une équipe anglaise, dans les années quatre vingt ait effectué quelques plongées mais sans développer.

Donc nous allions là-bas, presque les mains dans les poches bien décidés à découvrir si les sites vus sur les photos tiendraient leurs promesses. Nous ? C’est qui ? Une partie de l’équipe des Bulles Maniacs, une partie de la progéniture, des Baby Bulles Maniacs… ! Et une partie des compagnes. Et Ben, un copain qui était là, pour tenir la caméra et mettre l’ambiance.

Nous avons déniché un club de plongée, à Nanning, qui nous a loué deux compresseurs et des bouteilles. Nous n’avions que le strict minimum à caser dans nos sacs et même avec le minimum, nous étions plus que limite à la pesée. A peine arrivé sur place, nous avons été entraîné, malgré le décalage horaire, la fatigue et l’hallucination de débarquer en Chine, dans une prospection effrénée des siphons à plonger le lendemain. Regardez, il y a tout ça, vous plongez quoi ? Nous étions dans le bain, dans l’ambiance, pas de temps à perdre. Et nous avons tenus quinze jours à ce rythme… ! Les vacances faut les prendre au retour de l’expé, pour récupérer… !

Nous avons découvert un pays fabuleux, un peuple incroyable et un sens de l’accueil hallucinant. En plus de nous transporter à travers la campagne, de nous faire découvrir des lieux d’une grande beauté, de nous amener dans des restaurants à tomber par terre, de nous entraîner le soir dans des fiestas insensées, ils nous ont littéralement adopté. J’entends souvent dire que les Chinois peuvent être durs, qu’il faut se méfier. Alors là-bas, nos hôtes sont Chinois, certes, mais ils sont Yao, avant tout. Je ne sais pas si ça change grand chose ? Mais toujours est il, que tard dans la soirée ou même en plein jour, ils nous ont montrés plus que du sens de l’accueil. Il nous ont montrés de la joie de vivre, de l’estime, de la fraternité, de l’amitié. Et je crois que la plus belle réussite de cette expédition tient dans cet échange.

Nous avons explorés deux types de cavités, les regards, des ouvertures sur les rivières souterraines et des résurgences. Et dans la plus part des cas, les sites étaient vraiment très beaux, cachés dans la végétation, dans des villages, où parfois juste au bord des routes. Deux phénomènes sont surprenants. Les campagnes sont habitées, donc vivantes. La désertification rurale n’a pas encore totalement vidé les villages de leurs habitants. Il y a du monde partout et tout le temps. Surtout lorsque des occidentaux, les premiers parfois, de surcroît plongeurs, débarquent de nulle part. Les mises à l’eau et les sorties s’effectuaient sous le regard amusé de la population. Ils commentaient bruyamment nos barbotages. Je pensais que le peuple le plus bruyant de la planète était les Italiens. Faux, ce sont les Chinois. Incontestablement. Non seulement ils parlent beaucoup, très vite et très fort.. !

Ensuite, les sites sont aménagés, entretenus. Des escaliers en pierre descendent assez profondément dans les trous. Le regard, le point d’eau est une partie intégrante de la vie du village. Ils y puisent de l’eau, ils viennent y faire la lessive, ils y accorent une grande importance. Les croyances et traditions sont encore fortes et nous ne plongions pas dans de simples et vulgaires trous d’eau. En effet, même si nous ne les avons pas croisés, les sites sont habités par des esprits. Je crois que ça doit être vrai car ils ont été bienveillant avec nous.

Une partie des « karts windows » et même certaines résurgences sont bouchées par l’effondrement des voûtes, dans ce cas, impossible de passer. Je n’en tirerais pas des conclusions hâtives, mais souvent, plus le site était beau, plus la désillusion était cuisante. La règle n’est pas applicable partout, mais quand même.. ! Des sites sublimes avec des mises à l’eau fabuleuses. Tu t’attends à découvrir le Nirvana, le futur Fon del truffe ou le futur Ressel. Et ben non. Un tas de cailloux, des pots, des détritus, des vêtements. Oui, il faut l’avouer, l’intrusion massive du plastique dans la vie quotidienne des paysans chinois est visible, même sous l’eau. Mais quand ça passe, c’est en grand. Les galeries sont tellement grandes, les regards et les cavités si profondes… ! Cent, cent cinquante mètres, plus encore.. ! Nous suivions le plafond pour limiter la casse au niveau des paliers et souvent, plus rien. Ni à droite, ni à gauche, ni en dessus, ni en dessous. Nous nous retrouvions en pleine eau, dans le noir total, à peine perturbé par les faisceaux de nos lampes. Nous peinions à retrouver une paroi. Je vous promets, les galeries sont démesurées, immenses, démentielles. De toute façon, il n’y a qu’à regarder les galeries aériennes, les grottes sèches pour se rendre compte de la démesure. En plongée, c’est la même chose, mais avec l’eau en plus. Nous avions fixé des limites de profondeur, de distance et de durée de décompression. Nous n’étions qu’en reconnaissance, alors nous n’allions pas nous lancer dans les folles explorations, profondes, lointaines, engagées. Ça sera pour la prochaine fois.

Nous avons pu explorer une vingtaine de sites en neuf jours seulement. Nous avons pu définir quatre ou cinq objectifs majeurs pour les années à venir, avec des kilomètres de première à la clef. Il reste de nombreux autres sites à visiter. Je ne me lancerais pas une description exhaustive de chaque cavité. Mais je ne peux pas résister à vous donner les noms des villages et par conséquent des sites dans lesquels nous continuerons les explorations, Ya yan, Daxing, Nong Nao, Tun Bang, Tun Lie, Xia Tun, Xia Ming. A les lire, à entendre à nouveau leur sonorité, les images reviennent à la surface, je repars là-bas aussi emporté par le rêve chinois. Je crois que nous sommes tous tombés sous le charme de l’Asie, de la Chine. Je ne sais pas s’ils mettent des poudres bizarre dans la nourriture ? Mais ces rencontres, ces découvertes et ce voyage nous auront profondément marqués.

Pour finir sur le sujet purement spéléologique, nous avons aussi rencontré une équipe de spéléos chinois. Pendant que nous plongions, Maël, un grand « baby maniacs » les a rejoint et ensemble ils ont exploré les grottes sèches de la région. Là encore, les dimensions des porches d’entrée et des galeries sont stupéfiantes. Les découvertes furent nombreuses.

Après deux semaines passées en Chine, le temps de rentrer au pays est arrivé. Alors, oui, la grande aventure humaine, les belles rencontres, le dépaysement, l’amitié, l’exploration, tout y était… ! Et les belles cavités aussi, cerise sur le gâteau, nous avons découvert du « gros ». Nous allons donc revenir dès cette année, avec les recycleurs, les propulseurs et le désir d’entamer des grosses plongées. Nous continuerons la prospection car il reste de nombreux sites à visiter. Et enfin, nous avons envi de retrouver nos « amis » chinois, de passer les soirées à faire la fête et «campaï » à la bière chinoise. Nous repartons à l’automne, impatient de commencer sérieusement l’exploration des « fleuves » souterrains du Guangxi.

L’équipe était composée par Anne Carrer, Nathalie Deseigne, Michel Dessenne, Benjamin Dorin, Sébastien Lissarrague, Théo Lissarrague, Yves Roy, Maël Roy, Bernard Soulas, Pierre-Eric Deseigne.

Remerciements :

Au Gouvernement du comté autonome de Du’an, qui a pris en charge à 300 % notre équipe et sans qui, rien n’aurait été possible. Et tout particulièrement à Mandy, notre guide.

A Koriolis pour la mise au point du site web de l’expédition.

Aux Cordistes Parisiens pour la fourniture de corde.

A la Fédération Française de Spéléologie pour son parrainage.

Pour plus d’informations :

l’expédition en Chine : http://www.expeduan.org/

l’association Bulles Maniacs : http://bullesmaniacs.org/

pierre-éric deseigne pour Projet Expé Duan 2011 ©