Octopus.1. N°38. Qu’il est beau mon spéléo.

Comme vous le savez tous, de nombreux points différencient le plongeur spéléo du plongeur mer. Une des particularités du plongeur souterrain, en plus de plonger longtemps dans des endroits bizarres, réside dans ses manies vestimentaires et dans son penchant excessif pour le matériel. Cette boulimie pour ce dernier contribue à lui forger une réputation de malade mental. Avec lui, une plongée ressemble à une manœuvre militaire dans la campagne désertée. Démesure de moyens !

Son équipement ne ressemble plus en grand chose à celui de son cousin le « scubaba ». Car en plus, il est sectaire, l’homoargilus. Néanmoins, le plongeur spéléo puise sans vergogne et autant qu’il le peut dans les «catalogues » mer. La base reste la même. On ne plonge pas avec un fer à repasser. Mais à partir de là, il modifie, il adapte le matériel afin de répondre aux exigences et aux contraintes de sa pratique. Pendant de nombreuses années, le spéléo s’affairait à un bricolage plus ou moins hasardeux. Depuis quelques temps la vogue teck lui a permis de trouver des réponses à une partie de ses attentes. Certains ont fabriqué en petite série d’objets de qualités. Ils ont ainsi contribué à sécuriser la pratique par un matériel intelligent, fiable et adapté. D’autres mettent à l’épreuve des artisans avec des commandes hors normes. Le bricolage devient de plus en plus propre ! L’époque des bous de ficelles et des insouciances démoniaques cèdent le pas à l’inox et au cordura renforcé.

Alors commençons la revue ! Effectuons un survole des principales évolutions et «divergences » entre les plongeurs spéléos et les plongeurs mers.

Tout d’abord, les bouteilles. Nous les aimons de 4 à 20 litres. Pour simplifier, les petites pour les petits trous et les grosses pour les gros trous. Simple ! Mais un peu trivial. Nous les aimons légères, la chasse au poids ! Nous en utilisons deux, au moins, toujours en bi bouteilles indépendantes. La fameuse règle de la redondance. Parfois, nous préférons les robinets droit, parce que c’est joli, mais aussi parce que c’est plus facile à manipuler. Certains aiment à protéger les robinetteries et les détendeurs par des protections en acier. Ces arceaux de sécurité, fixés sur le col de la bouteille, permettent de préserver des chocs contre la roche. Ils peuvent, répétés, fermer en partie l’arrivée d’air. Ils peuvent surtout endommager les volants des robinets ou les premiers étages.

Une fois les «flacons » choisis, nous prenons nos plus beaux détendeurs. De préférence un Cyclon ou un Jet Stream. Parcequ’ils sont mythiques et qu’avec nous ressemblons à de vrais spéléoplongeurs. Mais aussi parce que la membrane déportée sur le côté évite de les mettre en surpression face au courant. Ils ne sont plus vraiment le nec plus ultra en confort respiratoire, mais ils résistent bien aux mauvais traitements imposés. Parfois, ils délivrent autant d’eau que d’air, voir plus. Mais avec l’habitude et une bonne révision en sortant, ils repartent pour un tour. Les détendeurs sont toujours montés en DIN. Plus d’étrier, d’une part, c’est moins volumineux et surtout cela élimine totalement le risque réel d’éclatement du joint torique…  ! Et ça sous terre, ce n’est pas drôle du tout.

Une fois équipé, nous fixerons les seconds étages sur un « tour de cou ». Il s’agit d’une cordelette ou d’un élastique sur lequel nous asservissons nos détendeurs. Ainsi, nous les retrouvons toujours au même endroit. Car en alternance, il y en a toujours un inactif et l’autre en service. Cela permet aussi d’éviter de les traîner sur le sol, plus ou moins douteux des galeries. Un détendeur rempli de gravier ou d’argile fonctionne beaucoup moins bien… ! Ainsi nous vidons en alternance nos bouteilles jusqu’à la limite fixée, tiers, quart ou cinquième… !

Maintenant nous devons porter les bouteilles. Alors là, nous disposons de nombreuses solutions, toujours adaptées aux diverses conditions de plongées rencontrées. Nous devons assembler nos deux monos bouteilles, minimum syndical ! Pour les résurgences, celles où il y a de la place, nous nous servons de cerclages inox, ou plus polyvalent de sanglages type kit bi afin de confectionner un scaphandre dorsal « classique ». Le cerclage correspond à un type de blocs, le sanglage s’adapte à tous les diamètres. Pour le fond de trou ou certains multisiphons avec un peu de marche, nous plaçons les bouteilles dans un sac de spéléo, un « kit bag». Le portage est plus aisé, les bouteilles protégées et assemblées sont bien calées sur le dos. Lors de la mise à l’eau, pas besoin de les sortir, nous plongeons avec notre sac à bouteilles.

Mais lorsque la galerie devient trop étroite, nous ne passons plus avec notre carapace. Alors nous fixons les blocs sur les flans. Un à droite et un à gauche, à « l’Anglaise ». Car de l’autre côté de la Manche, les Anglais se sont spécialisés dans ce genre de configuration. Leurs galeries sont très souvent étroites et turbides. C’est pour ça que depuis quelques années, ils viennent « dévaliser » avec brio nos explorations. Le procédé consiste à fixer les blocs sur une ceinture renforcée et d’évoluer avec sur les hanches. Tant qu’on ne sort pas de l’eau, ça va, mais pour marcher en postsiphon avec les bouteilles accrochées à la taille, c’est nettement moins confortable.

Une solution plus souple dite en latérale permet de fixer les blocs de part et d’autre du corps, sur un harnais. Nous les accrochons avec l’aide de mousquetons et d’élastiques afin de les plaquer contre le corps. Cela implique un harnais spécifique fabriqué par nous même ou par le spéléobricolo. Une sorte d’assemblage de sangles, de boucles, de clips qui lui fait ressembler à un accessoire sadomaso plus qu’à un équipement de plongée. Certains harnais de fabriquants teck peuvent s’adapter pour ce genre de pratique. Avec cette mise en œuvre, nous passons presque partout… !

Pour la flottabilité, nous utilisons les « wings » et la plaque dorsale, merci la plongée Teck ! Les stabs le plus souvent sans back pack, restent assez pratiques pour le multisiphons. Des poches dorsales collées directement à la combinaison étanche, ou bien fixées avec des bretelles sur le dos sont aussi utilisées soit en bi dorsal, soit en latéral.

La combinaison étanche, parlons-en ! Comment s’en passer ? L’essayer, c’est l’adopter ! Pour toutes les raisons de confort et de sécurité. En toile ou en Néoprène, avec purge pipi de préférence pour les plongées un peu longues. Pour les détails de branchement et de raccordement, nous verrons un autre jour. Mais lors de plongées de plusieurs heures, se soulager dans l’eau sans se mouiller relève du réel raffinement.

Nous utilisons encore les combinaisons humides pour les plongées fond de trou ou pour certains multisiphons un peu plus sportifs. Car descendre au fond d’une grotte ou marcher, escalader, crapahuter en « volume » n’est pas des plus confortable. Mais dans ce cas les durées d’immersion se réduisent considérablement. Car la température moyenne des eaux souterraines oscille entre 9 et 13 degrés. Parfois beaucoup moins et rarement plus. Pas de quoi pavoiser !

Pour la tête, nous coiffons un casque, pour y fixer les éclairages, nombreux et variés. Nous aimerions des lampes très puissantes avec une autonomie sans limite. Comme cet objet extraordinaire n’existe pas encore (ça vient peu à peu… !) Nous alternons avec des phares, puissant et des lampes longues durées. L’éclairage évolue et une mini révolution se produit dans ce domaine. L’apparition des leds permet de disposer d’un éclairage de sécurité avec des autonomies de 18 heures… Ensuite les nouveaux phares avec ampoules à « iodure » permettent d’avoir un éclairage de meilleure qualité avec des autonomies accrues, pour des volumes d’accus moindres. Un bonheur ! Sauf pour le prix…

Le casque permet aussi de se protéger le crâne des chocs contre la roche. Car lors des plongées sans visibilité, l’anticipation de la galerie laisse parfois à désirer. De plus le plongeur spéléo n’est pas réputé pour sa finesse, c’est une grande généralité, forcément un peu erronée… !

Nous utilisons des dévidoirs pour tendre du fil dans la galerie. Sans lui, nous risquerions de ne pas retrouver la sortie. Il existe deux grandes familles de dévidoirs, les Parisiens et les « carrossés ». Le parisien est plus simple à fabriquer. Il ressemble à un moulin à prières ou à une grenade à manche selon les proportions. Il permet de rembobiner le fil et les élastiques de fixation. Mais il est un peu plus délicat d’utilisation. L’autre est presque parfait, hormis son prix, mais comme tout le monde le sait, la vie n’en a pas. Une fois le fil en place, la galerie équipée, plus besoin de dévidoir ! Mais, nous emmenons tout de même un « bobinot », plus petit et appelé de secours. Il est un peu comme une ceinture de sécurité. En cas de problème, de perte de fil par exemple, il nous sauve d’une catastrophe encore plus importante. A l’aide de techniques spécifiques, nous tentons de retrouver le fil principal et de reprendre le chemin de la sortie.

Le sécateur ou la pince coupante complètent l’équipement. Non pas que nous soyons fana de jardinage, ni pour débroussailler les accès aux sources. Là encore, il est impensable de s’engager dans une galerie sans l’un ou l’autre. La pince permet de sectionner tous les type de fils, voir de câble, en cas d’emmélage et avec une seule main. Quelle maîtrise ! Le fil indispensable peut très vite devenir une « galère » monumentale. Tout dans notre équipement demande à se coincer dans ce bout de Nylon. Nous avons beau réduire au maximum tous les points sensibles, il reste toujours des talons d’Achille. Et il y a toujours une partie de l’équipement qui se jette sans retenue sur le fil, juste pour nous embêter.

Nous emmenons aussi un compas. Il permet de prendre les caps et de connaître les grands axes de la galerie. Nous nous en servons pour réaliser des « cartes » des siphons, des topographies. En cas assez rare de perte de fil, il peut aussi nous remettre dans « l’axe » et ainsi nous permettre de repartir dans le bon sens.

Pour la décompression, nous utilisons des tables de plongée, les « Ministère du Travail », parfois l’ordinateur, mais dans les cas les plus proches de la plongée carrée. Certaines sources le permettent. De plus en plus nous utilisons les logiciels de décompression. Ils permettent de rentrer plus de paramètres et de tenter de rendre la décompression plus sûr. Bien que certains profils, Yo-Yo ou inversés nous éloignent définitivement des recommandations traditionnelles.

Pour les palmes, nous les préférons réglables car nous pouvons les mettre avec nos combinaisons étanches et même avec des chaussures. Très pratique lorsqu’en post siphon, il faut marcher longtemps dans les roches avec l’équipement sur le dos. Et oui, encore une excentricité, nous plongeons bien chaussés…. Nous les enrichissons de deux coquetteries assez utiles. Nous ajoutons parfois une cordelette fixée sur la palme et reliée à notre cheville par un élastique. En cas de rupture de la sangle, nous ne perdons pas la palme, elle reste accrochée à sa laisse. Certains remplacent les sangles de fixation et les boucles fragiles par un élastique, type Sandow. Il ne casse pas, il est souple et fort. Il permet de chausser et déchausser rapidement les palmes. Simple et terriblement efficace.

Pour les grandes ballades, nous prenons le scooter, le propulseur plutôt. La mobylette du plongeur spéléo ! Elle permet de tracer la route en économisant ses forces, son air et son temps. Il en existe peu de fiable, rapide et à grande autonomie. Alors le choix est vite fait et il se limite à deux ou trois modèles. Pour les grosses plongées, bien évidemment et vous vous en doutez, nous en prenons deux. En cas de panne, le « mulet » nous ramène à la maison.

Enfin nous devons emmener un compresseur, un 6 m3 en général. Il nous suit partout, car là où nous plongeons, il est très rare de trouver des stations de gonflages. Et c’est tant mieux…

Enfin pour transporter tout ça, il nous faut une voiture… ! Une grosse, solide et qui ne craint pas de se salir. Evitez de prendre la voiture de votre femme. Le lundi matin, elle n’aimera pas ni l’odeur ni les traces de boue laissée un peu partout.

A j’allais oublier, le plus important. La caisse à outils ! Car vous pensez bien que tout ce matériel, rudement traité tombe en panne, casse, toujours aux pires moments. Alors, comme il est inconcevable de renoncer à notre plongée, nous emmenons les clefs, le marteau, la scie, le fer à souder, le plus de choses possibles afin de nous sauver. Car là encore, le magasin de plongée le plus proche n’est pas proche du tout…

Bon, voilà vous avez un petit aperçu de nos coutumes vestimentaires. Avec tout ça, nous ne ressemblons pas du tout au tops models et aux apollons des magasines. Pas questions de frimer devant les filles. De toute façon, elles ne se pressent pas autour des sources. Elles ont bien raison, car tu parles d’un plaisir de se ronger les ongles à attendre pendant des heures un hurluberlu déguisé en cosmonaute de mardi gras !