Octopus.1.n°39. Rentrée Scolaire.

Mais où se cachent les grands gourous, chamans et autres druides détenteurs du grand savoir de la plongée souterraine ? A l’inverse, les professeurs sous-marin affichent ostentatoirement leur désir de partager leur univers et leurs connaissances. Les maîtres souterrains officient plutôt dans l’ombre. Pas seulement celle des grottes mais aussi celle d’une discrétion, voir d’une introversion pathologique. Les mœurs évoluent et certains commencent à partager leur héritage au grand jour ! D’autres officient depuis des années, mais dans les chapelles discrètes des initiés où les accès ressemblent à des sentiers de randonnée plus qu’à des autoroutes.

Car comme pour la plongée sous-marine, la plongée souterraine nécessite un apprentissage, une formation. Comme pour apprendre toutes choses, il n’existe pas une seule manière, nous allons tenter de découvrir les plus usitées.

Plusieurs cas de figures se présentent avant d’entrer dans le cercle fermé de la «souterraine ». Vous ètes plongeur mer, vous maîtrisez les techniques de plongée, c’est un départ. Mais vous devez apprendre de nouveaux gestes, oublier momentanément certaines habitudes et en adopter d’autres. Quant aux techniques spéléo, là c’est une autre histoire. Ce sera pour plus tard, lorsque vous vous mettrez à plonger au fond des gouffres profonds et obscurs. Où alors, vous êtes spéléo, mais vous ne plongez pas ! Vous connaissez le milieu, mais sans eau. Alors, il vous faut retourner par la case plongée. Pas forcément la plus difficile.

Bien évidemment, passer outre ce savoir et cet apprentissage équivaut à se mettre au volant d’une voiture sans mettre sa ceinture de sécurité. Il ne se passe rien pendant des kilomètres. Mais au premier gros coup de frein, vous vous écrasez contre le pare-brise. Il ne sert à rein d’accroître bêtement les risques de voir défiler sa vie ! De plus, pour vous convaincre de l’utilité d’une formation et d’un apprentissage, vous n’avez qu’à lire la liste déprimante de tous les plongeurs mer, décédés en siphon. Hélas, elle est trop longue. Pénétrer dans les grottes noyées la fleur au fusil, c’est foncer droit dans le mur, une forme de suicide ! Un peu comme grimper sur un glacier en short et en chaussures de sport ou traverser l’Atlantique en «Sévilor ». Mais en revanche, l’état actuel des techniques et des connaissances permet de pratiquer cette activité avec une grande sécurité. Sans jamais atteindre le risque zéro, il n’existe pas, vous pouvez néanmoins le réduire énormément. Encore une fois il existe de vieux plongeurs spéléo !

Alors, j’y viens enfin. Comment tombe t on dans la marmite ? Comment naît cette étincelle qui vous amène à enfiler le bi séparé et le casque emblématique ?

Certains réalisent un rêve d’enfant. Ils sont restés des heures à contempler ces images étranges où un homme suspendu au milieu du vide aquatique, illumine une galerie féerique. D’autres viennent par curiosité ou par désir d’étoffer leur expérience de plongeur mer. Ils voient dans cette formation un complément à leur savoir et le moyen d’appliquer les règles souterraines à leur pratique. Certains y goûtent juste pour voir et vingt ans après, ils sont toujours là à préférer les eaux douces et pas toujours cristallines des sources aux eaux plus chaudes des mers tropicales. D’autres viennent par besoin. Un spéléologue peut ressentir le désir de franchir un siphon, un verrou liquide qui l’empêche d’explorer plus loin les grottes aériennes. Enfin, certains viennent peut être chercher «l’aventure », un parfum de liberté, des sensations fortes où je ne sais quoi d’autre ?

La plus part essaye une fois ou deux et puis, ils s’en vont. Satisfaits de leurs découvertes, ils ne vont pas plus loin. Peu importe, car le but des formations n’est pas forcément de recruter des bataillons de plongeurs spéléo, gonflés à bloc ! Mais le désir et la volonté d’informer, de prévenir le plus grand nombre de plongeurs sur la pratique juste et sur les bons gestes, reste aussi une priorité.

C’est bien beau tout ça, mais où se dissimulent les grandes réunions initiatiques ? Comment rencontrer les «cadors » du milieu, les professeurs «honoris spéléogicus » et leurs cours savants ?

La manière la plus répandue, une sorte de voie royale, est de suivre un stage fédéral. Organisé par un moniteur, il est conduit sous l’égide des deux fédérations impliquées dans cette activité, celle de plongée (la FFESSM) et celle de spéléologie (la FFS). Dans la plus part des cas, les plongeurs sont tôt ou tard inscrit au deux fédérations.

Un autre moyen réside dans le compagnonnage. Vous connaissez un plongeur spéléo, un bon de préférence. Et il vous initie aux pratiques du milieu, aux bonnes manières. Car attention au respect de toutes les règles de sécurité, aux assurances et à l’apprentissage des bonnes techniques. Car bien que de plus en plus rare, il reste encore certaines très mauvaises habitudes préhistoriques et obsolètes. (Transformer un extincteur en bouteille de plongée, plonger en étrier et non pas en DIN….)

Enfin, il existe un certain nombre d’organismes «professionnels » et américains, of course… ! Ils dispensent des formations payantes et pléthore de cartes plastifiées. TDI, IANTD et autre système DIR officient un peu partout dans le monde. Quasi inexistant en France pour la formation, ils ne vont certainement pas tarder à s’attaquer au marché… ! Les cours par correspondance ou par Internet ne fonctionnent pas encore. Quoi qu’il advienne, vous devrez enfiler le bi dorsal et vous enfoncer pour de bon dans les rivières souterraines.

Donc, c’est décidé, vous effectuez un stage, pour apprendre les techniques, pour découvrir un milieu fabuleux. Pour le diplôme aussi, du moins pour certains ! Et ben non ! Car en France, il n’existe pas de diplôme de pratique de plongée souterraine. Si vous désirez à tous prix une petite carte plastique rutilante, vous devez trouver une formation type « Big Mac ». Des stages fédéraux, vous ressortirez juste avec une attestation de participation mais avec beaucoup plus de souvenirs et de connaissances qu’en arrivant ! Merveilleux, non ? Les seuls diplômes qui existent en plongée souterraine, sont ceux d’encadrement. Bien tient ! C’est tellement plus facile pour draguer les filles ! Ah, je vous rassure, on en a vite fait le tour. Initiateur ou moniteur ! Je ne rentrerai pas dans le débat houleux et insoluble entre diplôme et pas diplôme. Chaque partisan avance nombre de raisons pour défendre son point de vue. Mais je m’en doute, nous nous posons la même question. Le moniteur est censé montrer l’exemple, alors pourquoi lui a t il droit à son galon et pas l’élève ? Pourquoi ce qui est valable pour l’un ne l’est pas pour les autres ? Voilà de quoi occuper nos esprits pour quelques temps ?

Tout d’abord, vous commencez, par un stage d’initiation. Si vos moniteurs ne vous ont pas dégoûté et s’ils ont réussi à vous transmettre une parcelle de leur passion, vous reviendrez pour un stage de perfectionnement. Le prérequis pour participer à ces stages est de détenir un niveau deux de plongeur. Vous voilà prêt, le cartable est rempli, les livres sont recouverts, vous attendez avec impatience cette rentrée des classes singulière.

Lors de votre Initiation, vous découvrez le milieu. Vous plongez dans un siphon école. Une source « facile », aux eaux claires, peu profondes et sans difficultés majeures. Vous découvrez les grands principes à mettre en œuvre et à respecter. Les règles de consommation, le matériel, la pose du fil, la redondance. Beaucoup de pratique et un peu de théorie.

Pour le perfectionnement, vous plongerez dans plusieurs sources, aux aspects et aux caractères différents. Vous découvrirez d’autres aspects des rivières souterraines ? Vous enrichirez vos connaissances par des techniques indispensables pour devenir autonome. Car c’est le but, devenir autonome en siphon, à la sortie du deuxième stage. Ce qui ne veut pas dire non plus, foncer casque en avant au plus loin et au plus profond de toutes les sources de France. Donc, avant cela, vous rechercherez le fil perdu volontairement, vous vous désemmêlerez du fil, vous pratiquerez l’orientation, vous utiliserez des blocs relais, pour les plus à l’aise… Beaucoup de pratique, pas mal de théorie et beaucoup de doute et de remise en question des grandes certitudes.

Bon, pour finir de vous mettre l’eau à la bouche et pour compléter ce tableau rapide des programmes scolaires souterrains, je vais encore répondre à votre question, «mais où se déroulent les stages ? » (Vous ne pouvez pas savoir comme c’est bien de faire les questions et les réponses…. !) Ni en piscine ou en fosse ! Mais dans des régions non seulement riche en cavités mais aussi en beaux paysages et en bonnes tables. Les formations se tiennent principalement dans le Lot, en Côte d’Or, dans l’Hérault, dans les bouches du Rhône et parfois en Ardèche ou dans le Jura.

Si par chance, vous effectuez ces deux stages, vous êtes en principe « un grand» ! Vous pouvez vous engager seul dans un siphon. Mais là encore, ce n’est pas parce que vous sortez de l’auto école que vous pouvez participer au rallie des « milles lacs» ! Comme disaient nos vieux, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Vous pouvez pratiquer seul, mais avec des copains, c’est plus sympa quand même. Vous prenez vos petites affaires et vous allez plonger là où bon vous semble. En gardant bien à l’esprit, en rouge qui clignote : Prudence et modestie !

Mais vous pouvez aussi vous joindre à des groupes déjà constitués, des pourfendeurs de siphons ! D’une part, vous rencontrerez des plongeurs avec un peu plus de bouteilles, au propre comme au figuré. Et vous pourrez ainsi participer à des explorations, la découverte de sources vierges, jamais plongées ! Car vous le savez, pour nous, c’est le but ultime, le Graal, découvrir les dernières parcelles vierges. C’est toujours une immense joie de partager nos maigres connaissances et notre plaisir avec des nouveaux venus, comme d’autres l’ont fait avant avec nous.

Bien souvent à la fin de cet apprentissage, deux questions reviennent fréquemment. Comment pouvons nous connaître les endroits où plonger ? Est il encore possible de découvrir des sources vierges en France ?

A première vue, il est plus facile de plonger en mer que sous terre. La mer, on finit toujours par la trouver, pour les sources, c’est moins sûr ! Parfois, c’est un peu comme chercher un arbre dans la forêt. Mais il existe plusieurs moyens de connaître des sites. Par Internet, bien évidemment. Une véritable mine d’or. Tout n’y est pas, mais ce qu’on y trouve, suffirait déjà à remplir une vie. Il existe aussi de nombreux inventaires, ils répertorient les sources, résurgences et autres grottes par régions ou par département. Certaines sources sont interdites où réglementées. Il est donc souhaitable de se renseigner au préalable au près des plongeurs «autochtones » ou des responsables spéléo du département.

Enfin pour, les galeries vierges, oui, il en reste plein. Il faut chercher, mais croyez moi, une grande partie des sous-sols noyés restent inconnus et accessibles. Alors avec un peu de patience et beaucoup de curiosité vous finirez à votre tour par décrocher enfin votre petit coin de paradis.

Les bonnes adresses :

FFS : http://www.ffspéléo.fr/

130 rue de saint Maur 75001 Paris. Tel : 01 43 57 56 54

FFESSM : http://www.ffessm.fr/

24 quai de rive neuve 13284 Marseille. Tel : 04 91 33 99 31

TDI : http://www.tdisdi.com/tdi/tdihome

IANTD : http://www.iantd.com/

WKPP (DIR) : http://www.wkpp.org

Et enfin, un site complet, bourré d’informations, celui de F Vasseur et de JM Belin :

https://www.plongeesout.com/

Un grand merci au magasin Plongespace Balard pour son aide pour le matériel de prise de vue subaquatique.