Fosse Dionne

Plongée dans la légende.

La petite histoire.

La région et la ville de Tonnerre sont occupées depuis le Paléolithique. Peu à peu l’occupation s’est intensifiée, les groupes nomades se sont fixés dans la région, de plus en plus nombreux. A l’époque Gallo Romaine, la source est utilisée pour alimenter en eau le village fortifié construit en hauteur. Peu à peu, des habitations voient le jour autour de la source pour former au fil des siècles la ville basse, puis la ville tout simplement. Le lavoir est aménagé en 1758 par Louis d’Éon de Beaumont, avocat au parlement de Paris. Le bassin de 14 mètres de diamètre est édifié, un toit est posé afin de protéger les lavandières des intempéries. L’édifice est construit de manière à ce que les eaux de lessives ne polluent pas les eaux de la source et des foyers sont disposés autour du lavoir afin de fournir la cendre nécessaire pour la lessive. Depuis les machines à laver ont soulagé les femmes de ce travail harassant et seuls les promeneurs viennent troubler la quiétude des lieux.

Transition.

Les légendes.

L’inconnu génère des peurs et des inquiétudes, sources d’une grande créativité, d’un éveil de l’imaginaire. Beaucoup de légendes et d’histoire sont communes aux différentes sources, comme celle de la charrette qui s’est enfoncée dans l’eau, avec son conducteur et son cheval. Où des plongeurs qui ne sont jamais ressortis et qui sont encore dans l’eau. Ces croyances peuvent faire sourire, mais elles sont encore bien présentes et vivantes dans l’esprit de nombreux habitants et riverains.

La légende des Sous du Diable.

Cette légende est issue d’un ouvrage de contes rédigé par le poète-cordonnier Savinien Lapointe à la fin du 19 éme siècle.

La légende dit que le 13 juillet de l’an 700 de l’ère chrétienne, un cavalier noir, portant à son casque un panache rouge ardent, entra au grand galop, monté sur un cheval blanc, dans la ville de Tonnerre. Un petit garçon nommé Pierre, s’élança sur le bord de la route à sa poursuite. Le cavalier demanda où il pourrait faire boire sa jument, l’enfant lui indiqua la source de la Fosse Dionne. Dans son dos, un sac rempli de pièces d’or se perça laissant échapper des pièces qui tombèrent sur le sol. L’enfant les ramassa et il rentra chez lui à l’abri des regards, dissimulant son larcin de tous.

Le lendemain, jour de marché, il dépensa ses sous mals acquis en achats divers. Il croisa un aveugle et son chien qui refusa son aumône. L’enfant, à son tour perdit des pièces mais l’aveugle les entendit tomber et il avertit l’enfant. Un peu plus tard, il acheta des gâteaux à ses camarades qui peu de temps après fûrent pris de maux de ventres épouvantables. Ces derniers l’accusèrent de vouloir les empoisonner et d’avoir vendu son âme au diable. Sur la route, il se joint à un groupe de jeunes hommes jouant sur la place de l’église à des jeux d’argent. Il gagna toutes les manches rapidement et il s’attira la colère des joueurs. L’un d’eux démasqua la supercherie, les pièces de Pierre avaient deux faces similaires, le gratifiant d’une victoire certaine à chaque manche. Il s’enfuit, poursuivi par les joueurs furieux de s’être fait duper de la sorte. L’inquiétude l’envahit attisé par cette série d’événements mystérieux. Il mangea et il se désaltéra mais, les aliments avaient le goût de plâtre et le lait le goût de vinaigre. Il s’allongea mais il fut incapable de fermer l’œil. Les oiseaux se mirent à le traiter de voleur. A l’endroit même où il avait ramassé les pièces du cavalier noir, les feuilles dessinaient sur le sol, le mot voleur. Le chien de l’aveugle, à la vu de Pierre, se mit à hurler. Deux cavaliers entrèrent dans la ville. Au même moment, Pierre se précipita à la Fosse pour s’y jeter et en finir avec ce mauvais sort. Il arriva en courant au bord de la source mais les deux cavaliers se trouvaient déjà sur place, celui de la veille, le cavalier noir et un autre, vêtu de blanc avec une longue barbe blanche aussi. Ce dernier se lavait les pieds dans l’eau limpide, avec un bâton posé sur un long manteau bleu. Le jeune homme, en larmes, jeta toutes les pièces qui lui restait dans l’eau de la source. Les visages sur les pièces le regardèrent, avec de grands yeux énormes. Cette vision diabolique attira le jeune homme vers l’eau dans laquelle il s’apprêta à tomber. Le vieillard à la barbe blanche l’arrêta et Pierre lui raconta toute l’histoire. L’homme tout en blanc ouvrit les bras et l’accueillit avec tendresse et pardon. Cependant le cavalier noir trépigna de colère, rempli du désire de vengeance et de justice. Les pièces continuaient à dévisager Pierre et à semer l’inquiétude dans son esprit. Le vieillard tout de blanc vêtu était l’évêque Pallade et il invoqua le pardon de Dieu. Il saisit son manteau bleu qu’il jeta dans la source pour couvrir ces sous accusateurs. L’eau se teinta en bleu. L’enfant tomba à genoux et l’Angélus sonna, l’évêque fit un signe de croix. Le cavalier noir, furieux, s’élança avec son cheval blanc en hurlant des insanités. Il précipita son cheval dans la source. Ils disparurent dans l’eau qui se mit à bouillonner pendant longtemps. Lorsqu’elle retrouva son calme, le sable et le fond avaient disparu, emportés dans les abîmes de l’enfer. L’évêque s’adressa à Pierre et il lui affirma que les sous qu’il avait ramassé étaient maudits, que c’était les sous du diable. L’évêque lui rappela que Bien mal acquis ne profite jamais et que péché caché n’est jamais pardonné.

La légende du manteau de la Vierge.

En des temps forts lointains où la Fosse Dionne n’existait pas encore, une petite source sortait aux pieds de la falaise dont les eaux se répandaient dans un marrais putride jusqu’à rejoindre la rivière de l’Armançon. Un quartier très habité se dressait aux abords, avec des petites rues étroites et tortueuses, il avait d’ailleurs pris le nom de Bourberault.

Un soir une jeune fille, rentrant de son travail par l’une de ces ruelles sombres et boueuses sentit dans son dos une présence. Inquiète, elle accéléra le pas mais la présence accélérait elle aussi, si elle ralentissait, les pas derrière elle, ralentissaient aussi. La jeune fille était suivit et terrorisée, elle n’osait pas se retourner. Elle sentit le souffle chaud du mal, le démon du marrais qui cherchait une nouvelle victime. Le diable en personne levait sa main griffue pour attraper la jeune fille. Terrorisée, elle implora la Sainte Vierge de lui venir en aide. Entendue, la Vierge apparut dans une lueur intense, repoussant les ténèbres. Vêtue de son manteau couleur émeraude qu’elle enleva pour le poser sur le sol, devant la jeune fille. Aussitôt, un grand trou s’ouvrit qui se remplit d’eau pure et limpide. La Vierge prit la jeune fille par la main et elles entrèrent dans l’eau et elles disparurent sous la surface en échappant ainsi au démon. Le manteau donna sa couleur bleu vert à la source qui est devenue depuis la Fosse Dionne.

La légende de Saint Jean de Reome et du Basilic de la Fosse Dionne.

Il est difficile de remonter aux origines exactes des mythes et des légendes. Elles se perdent dans les dédales du temps, s’effacent, se distordent avec la disparition inexorables de ceux qui les ont créées, racontées et colportées. Ces difficultés renforcent le plus souvent la légende, lui conférant encore plus de mystère et de fascination. Au sujet de celle attachée au serpent Basilic, les traces les plus anciennes (écrites) évoquant la vie et le miracle de Saint Jean de Réome aurait été écrite en 659, soit plus d’un siècle après le décès du Saint Homme. Des textes évoquant cette histoire auraient été produit au VIII et IX siècle. Enfin, une copie datant du XVIII, d’un texte écrit en 1592 par Monsieur Pierre Petitjehan, notaire, fait état de cette légende dans une description de la ville de Tonnerre.

Dans un très lointain passé, les gens de Tonnerre vivaient encore en haut, autour de l’église Saint Antoine et seules quelques maisons se dressaient en bas dans le quartier marécageux de Bourberault. Ce marais était alimenté par les eaux d’une modeste source dont personne ne s’approchait car elle avait la réputation d’être habitée par un serpent Basilic qui infectait les eaux et le marais. Il foudroyait quiconque croisait son regard, propageant la terreur dans les esprits des habitants de la région. Saint Jean l’Abbé, qui vivait seul avec quelques disciples près du château de Tonnerre, se prit à vouloir conjurer le sort. Il descendit à la source, où il fouilla et creusa au lieu même où l’eau sortait du sol. Il libéra les flots qui se mirent à couler plus abondamment. Son travail causa la mort immédiate du Serpent et de ses effets maléfiques. Ne craignant plus les sortilèges, les gens s’installèrent progressivement dans cette partie basse de la ville. Le saint homme que l’on appelait aussi Saint Jean de Réomaï vécu plus de cent années, il produisit d’autres miracles et il vécu en ermite solitaire jusqu’à la fin de sa vie.

Dedans.

La petite histoire.

L’exploration de la source a débuté peu après l’apparition des premiers équipements de plongée. Un certain Camille Rouyer affirmerait qu’en 1908, un scaphandrier pieds lourds serait descendu dans la vasque. Il a du s’enfoncer de quelques mètres et s’arrêter dans le porche d’entrée, limité obligatoirement par la corde et le tuyau d’alimentation en air qui le reliaient à la surface.

L’apparition des scaphandres autonomes, équipés par les tous nouveaux détendeurs Cousteau-Gagan, permet en 1955, à plusieurs spéléologues parisiens de s’immerger dans la résurgence. Cette initiative est conduite sous l’égide du fameux baron Guy de Lavaur, pionnier de l’exploration souterraine. Leur incursion dans la galerie est limitée à quelques dizaines de mètres sans doute.

Le début des années soixante voient une équipe du Touring Club de France de Troyes, se lancer dans une série de plongées. Le 15 juillet 1962, deux plongeurs, Henri Hervas et Claude Dufour s’immergent jusque dans la zone de la première étroiture, à trente deux mètres de profondeur. Plus tard, ils sont récupérés en surface, presque inconscients, victimes très certainement d’hypothermie et d’intoxication gazeuse, lié à une mauvaise qualité d’air contenu dans leurs bouteilles. Transférés à l’hôpital, ils décéderont dans la soirée.

En avril 1968 (14/04/1968), deux plongeurs auraient réalisé les premières prises de vue subaquatiques de la partie connue à cette époque.

En décembre 1976 (12/12/1976), le Docteur Derain et Bernard Lebihan plongent afin d’évaluer la faisabilité du franchissement de la seconde étroiture. L’année suivante, en 1977, le Spéléo-Club de Dijon, puis la Société Dijonnaise de Plongée Souterraine, enfin le Spéléo-Club Universitaire de Paris-Sud tentent de franchir la seconde étroiture qui arrête tous les explorateurs. En septembre, (03/09/1977) Robert Lavoignat, Chapotet et Hutteau du SC Dijon, franchissent la seconde étroiture dans la zone des 38 mètres de profondeur. Quelques jours plus tard, (24/09/1977), le Docteur Derain, M Lebihan, Rorato, Lartois et Barbier de Dijon, franchissent l’étroiture et ils remontent dans la grande diaclase jusqu’à moins neuf mètres environ.

En 1977, les frères Le Guen commencent à plonger dans la résurgence. En 1978, Pierre Morel du Spéléo Club de Paris, dépasse le terminus connu, il explore la galerie horizontale qui amène à la suite du réseau, il descend dans la faille pour atteindre trente huit mètres de profondeur à 180 mètres de l’entrée. L’année suivante (26/11/1979), Eric et Francis Le Guen effectuent plusieurs plongées dans le cadre du Spéléo Club de Paris. En décembre, (01/12/1979) Pierre Morel s’arrêtent à 280 mètres de l’entrée et le lendemain, (02/12/1979), Eric s’arrête à 360 mètres de l’entrée et à 61 mètres de profondeur. Cette plongée aura durée trois heures, ce qui pour l’époque, en France est un exploit.

A partir de l’hiver 1987, plusieurs campagnes de fouilles sont menées dans la Fosse afin de tenter de remonter des vestiges archéologiques. Conduites par Pierre Villié, elles vont durer plusieurs années. La collecte manuelle est complétée par la mise en service de deux aspirateurs, appelés dans le jargon « suceuses ». De très nombreux objets sont collectés mais le « chaos » rend les recherches difficiles. En effet, le courant de la source, au fil des siècles et des crues, a mélangé tous les objets, tous les débris, sans aucun respect pour la chronologie historique.

En 1988, (01/05/1988), deux plongeurs avec un équipement inapproprié à la pratique de la plongée souterraine, s’enfoncent dans la vasque, puis dans la galerie. Ils s’aventurent au delà des deux étroitures et lorsqu’ils décident de sortir, donc de faire demi tour, leur réserve d’air se situe déjà un seuil très critique. L’un des plongeurs tombe en panne d’air entre les deux étroitures. Saisi par la panique, il franchit l’étroiture en apnée et il tombe en syncope. Le second plongeur le trouve inanimé, il parvient à le ressortir en catastrophe, avant la noyade. Le plongeur accidenté sera conduit à l’hôpital où il survivra à cet incident, malgré un œdème pulmonaire et un début de paralysie.

En 1989, Patrick Jolivet atteint et dépasse le terminus d’Eric Le Guen, de quelques mètres. Vu l’exiguïté des lieux, il est en configuration légère, malgré la profondeur, soit avec un bi bouteilles de 6 litres (bien gonflé quand même…!) Il s’arrête donc à 370 mètres de l’entrée et à 70 mètres de profondeur.

En janvier de l’année suivante, (13/01/1990), un plongeur non formé aux techniques de plongée souterraine, ne parvient pas à effectuer l’intégralité de ses paliers. Évoluant dans une eau troublée, il ne retrouve pas ses réserves d’air laissées en sécurité. Il ressort et ne disposant pas d’assistance, il demande aux badauds présents d’appeler les secours afin qu’il soit hospitalisé.

La Fosse Dionne est fréquentée par de nombreux plongeurs souterrains, des pratiquants assidus et rompus aux techniques spécifiques de la plongée en grotte. Mais la facilité de son accès et la fascination qu’elle exerce sur les plongeurs conduit aussi de nombreux plongeurs non formés et mal équipés à s’aventurer sous terre.

C’est le cas, en 1996, (16/06/1996) où deux plongeurs s’aventurent au delà des deux étroitures. Lors de la traditionnelle séance de décapelage du bi bouteilles dans la pente sévère, l’un des plongeur s’épuise à batailler contre la pente, la gravité, l’éboulis de roche et le passage étroit. A cours d’air, pris dans le fil, dans une eau totalement troublée, ils émergent dans la cloche d’air artificielle créée par leurs expirations. Ils y restent presque 30 minutes avant d’effectuer une nouvelle tentative de sortie. L’un des plongeurs à cours d’air se noie, le second parvient à sortir les bouteilles vides, il est ensuite hospitalisé.

A compter de ce jour, la Mairie de Tonnerre a interdit les plongées dans la Fosse Dionne.

Données techniques.

Localisation : Ville de Tonnerre (Département de Yonne, région Bourgogne, France).

Accès : Suivre les panneaux dans la ville, c’est indiqué.

Spécificités : Etroitures, beaucoup d’argile, profil yoyo…

Longueur totale: 370 mètres

Longueur noyée : 370 mètres

Profondeur Maxi : 70 mètres

Nombre de siphons : 1

Nombre de salles : 0

Nombre de cloches : 3

Équipement : Harnais sidemount.


Grosse fatigue.

Vidéos :

Publications :

Info Plongée n°16. pages 3 à 7.

Info Plongée n°17. pages 4 à 6.

Info Plongée n°20. pages 15 à 20.

Info Plongée n°21. pages 9 à 16.

Info Plongée n°26. pages 10 à 12.

Info Plongée n°53. page 9

Apnéa n°7 – 1987