“Less is more”

Aujourd’hui, je suis fatigué par cette surenchère permanente, à contre courant de notre époque et des enjeux actuels. Toujours plus, plus de tout, plus de rien, plus vite, plus loin, plus de performance, plus vite dans le mur très certainement. Pendant de nombreuses années, ça été toujours plus. Plus loin, plus profond, plus de matériel et plus d’équipements pour s’enfoncer sous terre à la recherche de l’inconnu. Nous avions « une bonne excuse », l’exploration, la quête de la première. Mais aujourd’hui, un peu à l’image de ce qui se passe sur le Mont Blanc ou sur l’Everest, on vient souvent chercher la performance, plus que le sens. Depuis quelques temps, je recherche le toujours moins, moins de matériel, moins de distance, moins de profondeur, moins il y en a et mieux c’est. Et surtout moins il y en a, plus il y a de plaisir et de sens.

Fini la surenchère, la débauche de matériel, même pour les rares explorations que je fais encore, j’essaie d’optimiser et de me contenter du strict nécessaire qui est souvent encore trop. Aujourd’hui, le bonheur, l’extase passe par le dépouillement, l’ascétisme, l’économie de moyen, de geste, d’effort. Ils sont encore nombreux les plongeurs à prendre leur pieds dans la débauche de chiffres, de distance, de profondeur. Pourquoi pas, chacun son truc… ! Mais dans le fond, le fond est il plus joli que l’entrée ? Aller profond pour la profondeur, pourquoi pas ? Mais est ce un objectif suffisant pour justifier tout ça ? Pas certain, en tous les cas, plus pour moi. Il s’agit souvent, pas toujours mais souvent quand même et encore une fois d’histoires d’ego.

Car il est possible de rester longtemps sous terre et de découvrir des choses que personne ne voit. Il est possible d’aller loin et de plonger longtemps, avec peu de matériel, tout en restant dans les clous au niveau sécurité. En optimisant au maximum l’équipement de base et en tirant le meilleur des techniques personnelles, il est possible d’obtenir un meilleur « rendement ». En effet, en essayant d’améliorer au maximum, sa respiration, son trim, sa flottabilité, chaque geste, sa « glisse », il est possible d’obtenir des résultats exceptionnels. Parfois supérieurs à ceux obtenus avec une configuration lourde mais avec moins de technique personnelle. Profondeur, distance, scooter. Tu prends le temps de rien, tu fonces, tu descends comme une brute, tu passes des heures aux paliers à te faire chier et souvent à te geler les miches. Alors tant qu’à rester longtemps sous l’eau autant en profiter. Après chacun son plaisir, le mien n’est pas et n’est plus forcément dans la profondeur et dans la distance. Il ne l’a jamais été dans le fond, si ce n’est que pour l’unique et seule motivation, atteindre la fin du fil et commencer à évoluer dans l’inconnu. Prendre son temps, s’arrêter, regarder, se promener, observer la roche. Qui regarde ça, qui regarde ces détails ? Peu de monde. Qui s’éloigne du fil et va se promener au plafond ? Qui connaît la faille aérienne concrétionnée à Saint Georges qui ne figure pas sur la coupe et la topo ? Pas grand monde. Qui monte dans la faille à l’entrée de Landenouze ? Pas grand monde non plus. On avance sur le fil sans prendre du recul, on suit le fil, on emprunte le chemin tracé, le nez dans le guidon. Et on passe à côté de tellement de merveilles.

Je peux m’arrêter de très longues minutes, au milieu d’un puits ou d’une galerie et contempler la beauté des lieux. La même chose pour la sortie. J’éteins tout, je me colle au sol ou au plafond, je reste immobile en pleine eau et je laisse mes yeux s’habituer à la pénombre, à la lueur à peine perceptible du jour. La contemplation et la méditation sont de bonnes choses en plongée souterraine. S’imprégner de la force, du silence, de la beauté, de la puissance d’un lieu, une expérience unique et enrichissante.

Aujourd’hui, je privilégie la durée, la lenteur, l’observation, les chemins de traverses, le spool à la ligne principale. Et comme à chaque fois, dès que vous faites un pas sur le côté, vous voyez le monde sous un autre angle, sous une perspective peut être plus intéressante.

Voilà, dans le fond, ce qui prévaut en surface fonctionne aussi en dessous, il en faut vraiment très peu pour être heureux. « Less is more ».