Sensations.

J’ai essayé pendant quelques temps d’être moniteur professionnel, de plongée souterraine bien évidemment. Mais je ne suis pas fait pour ça, ma fibre pédagogique s’émousse très rapidement, je fais parti des explorateurs qui sont plus doués pour la pratique que pour la pédagogie. Je suis rempli d’admiration pour certains moniteurs qui parviennent avec talent à transmettre leurs connaissances et leur passion. J’ai eu des élèves géniaux et ravis mais j’ai eu aussi beaucoup d’élèves déçus. Et pour cause, ils venaient chercher de l’extrême, du frisson, des sensations, de l’ultime. Avec moi, ils n’en avaient pas pour leur argent, tout du moins à ce niveau, car pour ces sensations là, je ne suis pas tellement en phase. Disons que je suis pour les sensations fines, douces et tactiles. Pas pour l’adrénaline, l’ « utimate » et l’extrême.. ! Je prônais plus un discours de calme, de modération, de sensations douces. Cultiver le plaisir des sens, la contemplation, le temps lent, la distance courte, l’observation du milieu. Certains clients ne juraient que par la plus grande distance possible, le plus loin, le plus profond. Comme si tout cela se mesurait à la taille, du propulseur, du recycleur, de la … ! Je leur expliquais que la plongée souterraine était accessible à tous, prenant deux exemples, mon fils qui débuta à douze ans et un monsieur qui débuta à soixante dix ans. Pas besoin d’être issu des « Forces spéciales », il suffit d’être calme, observateur, attentif, de faire ce qu’il faut modestement, avec l’équipement adapté et ouvert au plaisir. Mais eux qui se rêvaient en surhomme, je cassais leur rêve avec mes histoires de gagne petit.

Pour moi et je comprends que chacun puisse avoir une approche différente, la plongée souterraine, c’est surtout une affaire de sens, tous les sens, bien évidemment, le physique, le phylosophique, le directionnel. Les odeurs des bois, des champs, de la roche en s’approchant des sites. Le bruit du vent dans les arbres, des oiseaux, de l’eau qui coule. Prendre le temps, s’asseoir, observer la nature dans laquelle se trouve le site. Une fois dans l’eau, apprécier la douceur ou l’agressivité de la roche, la caresse des sédiments, les reflets, les couleurs de la pierre. Le bruit des bulles éclatants au plafond ou le silence profond de la cavité lorsque l’on plonge en recycleur. J’arrêtais souvent mes élèves pour leur montrer les détails géologiques, les fractures, les joints de strate, les dentelles de roche . Mais eux, le plus souvent attendaient autre chose, une confrontation avec le danger, avec la peur, une montée d’adrénaline. Tout ce que je déteste, je fais de la plongée souterraine, pour la beauté des lieux, pas pour me faire peur ou pour me prouver ou pour prouver que je pratique le soit disant sport le plus dangereux du monde. Pour cela, il existe d’autres activités. Chacun son approche, mais ça n’est définitivement pas la mienne. Au retour, j’adore m’arrêter, longtemps parfois, à quelques mètres de la sortie. J’éteins la lampe et très très lentement j’avance, jusqu’à l’instant où enfin j’aperçois les premières vibrations de la lumière. Je reste immobile à observer l’ouverture de la cavité, la douceur diffuse du jour qui s’immisce dans la galerie. Dans les cavités fréquentées, plus d’un plongeur a sursauté en me découvrant immobile dans un recoin sombre de la grotte.