La souffrance.

Le plaisir procuré par les ballades souterraines est immense mais au delà d’une certaine distance ou d’une certaine durée, le séjour sous terre peut devenir physiquement et moralement très difficile. N’oublions pas notre inadaptation quasi totale à cet environnement, de plus, nous n’y allons pas les mains dans les poches. Lourdement équipé, nous devons progresser sous terre, coûte que coûte. Notre obstination nous permet d’aller à la rencontre de l’inconnu mais parfois le prix à payer est assez cher. L’engagement demande une implication forte, totale pour évoluer dans ce milieu et tenter d’aller là où nos rêves nous conduisent déjà. Les efforts à fournir pour atteindre notre but sont parfois considérables. Certains sites sont facilement accessibles mais d’autres le sont beaucoup moins. Nous devons marcher, dehors, assez longtemps et parfois sur des terrains accidentés. Une fois l’entrée du monde souterrain atteinte, nous devons nous équiper et écrasé par le poids de notre matériel nous « traîner » jusqu’à l’eau. Parfois, il faut progresser longtemps sous terre avant de trouver l’eau, être spéléologue avant d’être plongeur. Selon, les formes de galeries, la progression sera plus ou moins aisée, certaines sont de véritables « tunnels de métro », d’autres de véritables trous à rats, exigus, complexes et anxiogène. Et souvent, la galerie se remplit à nouveau d’air, nous devons sortir, marcher, ramper, escalader, progresser pour aller plus loin et pour atteindre à nouveau, une autre partie remplie par le précieux fluide. Soulagés, nous nous abandonnons avec délice aux plaisirs non dissimulés de l’apesanteur et de la flottabilité. Dans ce contexte, certaines explorations laissent des traces profondes dans votre organisme et elles vous usent lentement, à l’image de l’érosion, lente mais certaine. A plusieurs reprises, à la fin d’une plongée, j’ai jeté mon matériel par terre en jurant que cette fois, c’était terminé et que plus jamais je n’y retournerais. Vidé, épuisé physiquement et mentalement, dégoutté, je perdais toute envie, tout plaisir. Mais très vite, l’image de la galerie vierge qui s’ouvrait devant moi, ces quelques instants d’extase, d’harmonie en sustentation à contempler l’inconnu suffisait à effacer très rapidement toutes ces difficultés et ces mauvais souvenirs. Il est certain que pour aller loin sous terre, il faut être capable d’endurer sans broncher, il faut posséder une capacité à encaisser et à gérer l’effort, la souffrance, voir la douleur. Il faut aussi posséder une détermination forte afin de ne pas flancher en cours de route. Et là, nous avons tous nos petits moments de faiblesse, où parfois si près du but, nous baissons les bras, épuisé physiquement et moralement. Sans effort, pas de récompense, c’est une évidence dans ce genre d’activité. L’exploration, la première n’arrive pas par magie, très rarement, nous devons aller la chercher et parfois c’est un peu compliqué. Mais pour ceux qui ne veulent pas se confronter à ça, il suffit de choisir des sites faciles d’accès, grands, larges où le plongeur, une fois dans l’eau, n’a plus besoin de ressortir. La diversité de la nature est infinie et chacun trouvera ce dont il a envie, selon ses désirs.