La peur.

Dans ce milieu un brin machiste où certains aiment déballer une débauche d’équipement, souvent pour prouver qu’ils en sont vraiment, la peur est rarement évoquée. Lorsque j’ai failli crever au Gouron, j’ai bien senti les effets négatifs de cet accident et de la gestion de ma communication à ce sujet. J’en ai parlé, sans honte ni arrière pensé, juste comme pour tout le reste, partager cette expérience afin d’enrichir la grande encyclopédie de la plongée et de la plongée souterraine. J’ai évoqué la peur, la panique qui faillit me submerger, les raisons et les causes de cet accident et la manière avec laquelle je suis parvenu à m’en sortir. Peu d’explorateur partagent leurs échecs, leurs défaillances et leurs petits moments de faiblesse. Pourtant, il en est de notre condition humaine, avoir peur, c’est survivre, sans elle pas de limites et tôt ou tard, on se casse la figure. Trop souvent les accidents mortels sont liés à des comportements à risque, par des plongeurs qui cherchent la limite, la sensation et qui repoussent derrière des montagnes de dénis, la peur. J’ai peur parfois, pendant la plongée ou avant ou après, rétrospectivement. J’ai annulé plusieurs plongées parce que je n’arrivais pas à dormir, tenaillé par la peur et qu’au petit matin, épuisé par une mauvaise nuit sans sommeil, je ne me voyais pas me lancer dans une plongée dont je redoutais certains passages dangereux. Je me suis réveillé trempé, en sueurs en pleine nuit, la veille de grosses plongées fond de trou avec des passages délicats. Je me suis fait de belles frayeurs à juste titre ou fantasmée, mais oui j’ai eu peur plusieurs fois, à m’en faire péter le palpitant. Et je n’ai peur de le dire, ni je n’en tire aucune fiéreté. Il faut dire les choses comme elles sont avec honnêteté.