Lexique

à l’usage des béotiens mais pas que…

Etroiture.

Rétrécissement ponctuel d’une galerie. Passage souvent très technique, demandant beaucoup de sang froid, de contrôle de soi et de patience. Il existe des étroitures faciles et des étroitures sévères. Le franchissement d’une étroiture est aussi étroitement lié à l’état psychologique du plongeur. Certains plongeurs les supportent très bien, d’autres pas du tout.

Harnais latéral, destructuré et sidemount.

Aujourd’hui la plongée « sidemount » se démocratise, elle est pratiquée par de plus en plus de plongeur. Certains Instructeurs la pratiquent à la perfection, avec beaucoup d’humilité et de talent. D’autres se comportent comme des gourous, avec toute la perfidie mal dissimulée derrière une bienveillance feinte. D’autres enfin se réclament de ces gourous, nouveaux venus, à peine certifiés et déjà prompt à montrer du doigt les imperfections de tout à chacun. Chaque phénomène de mode a ses excès.

L’origine de cette pratique est cavernicole et anglo-saxonne. En effet les plongeurs britanniques fixèrent très tôt leurs bouteilles au niveau des hanches afin d’évoluer dans des galeries si basses sous plafond qu’il était impossible de progresser avec les bouteilles sur le dos. Ici, en France nous appelions ça, « la plongée à l’anglaise ». Plus tard et toujours contraints par les spécificités du milieu souterrain, les bouteilles fixées à la ceinture sans possibilité de les bouger devint un frein à la progression. Alors, en France par exemple, Bibige* inventa le harnais destrcuturé ou harnais latéral qui permettait de fixer les bouteilles par le col et par le corps, avec la possibilité, de les enlever hors de l’eau et sous l’eau. Les bases du « sidemount » étaient créés. Enfin, dernière pierre à l’édifice, certains explorateurs américains et européens immigrés au Mexique, dans le Yucatan, aboutirent la démarche avec la création d’équipements et de harnais spécifiques. Ils peaufinèrent jusqu’à la « perfection » la position de chaque flexible, chaque élastique et surtout, milieu oblige, ils travaillèrent leur flottabilité et les techniques de palmage. Une longue évolution qui aboutit aujourd’hui à une technique et à une configuration mature.

Fluidité. (le Trim) Flottabilité, palmage et position du corps.

Les meilleurs exemples en la matière sont sans contestation possible les vidéos de Steve Bogaerts*. Sa maîtrise et son aisance sont époustouflantes et peu d’entre nous sommes capables de nager avec cette qualité, pas moi en tous les cas. D’autant plus qu’il montre, un point c’est tout, sans démonstration. La combinaison, d’un équipement parfaitement conçu et ajusté, avec une flottabilité maîtrisée, une position du corps idéale et un palmage exécuté à la perfection, offrent à la fois un confort, une efficacité, une sécurité et un plaisir inégalable. Car le but n’est pas de faire joli, ni de faire le malin sur des vidéos. Le but est d’évoluer dans des cavités fragiles sans dégrader l’environnement et en avançant le plus rapidement possible en fournissant le moins d’effort possible. La beauté n’est que la conséquence d’une contrainte liée au milieu et non pas un but en soi. En France, le milieu est un peu moins fragile, pas de concrétions comme dans les cénotes par exemple, donc les plongeurs sont parfois moins exigeant. Pour l’avoir vécu avant et après ma modification de technique de palmage dans les siphons de la rivière des Robots, je sais que même ici, en France, cette maîtrise n’est pas qu’une posture. Malheureusement des « Bernard Gui » du sidemount ont desservi la cause en tentant de pourfendre les hérétiques. Pour ma part, avant, le retour dans la rivière des Robots s’effectuaient dans la touille complète, après ma « mutation », le retour s’effectua avec une visibilité correcte ou à peine dégradée, si ce n’est par les bulles expirées. Donc au final, plus de plaisir et plus de sécurité.

Circuit ouvert.

Ainsi nommé, il s’oppose aux appareils respiratoires à circuit semi fermé ou à circuit fermé, les recycleurs. Il porte bien son nom, car l’air passe des bouteilles aux poumons en transitant par les détendeurs. Une fois respiré, l’air est expulsé de l’organisme pour s’échapper bruyament dans la galerie. Seule une fraction de l’oxygène est consommée dans une inspiration, donc d’une certaine manière, il y a du gâchis. Mais le système est simple, éprouvé, efficace et facile à mettre en œuvre. Néanmoins, que ça soit en scaphandre dorsal ou en harnais latéral, la configuration des détendeurs est primordial si l’on veut éviter de ressembler à un sapin de Noël ou à un plombier anarchique. Et encore une fois, ça n’est pas pour faire joli, mais juste pour être fluide, pour ne pas s’accrocher partout.

Kit de survie. Tube étanche réalisée par la socité AMX Technologie soit en PEHD soit en aluminium. Il permet d’emporter de quoi gérer une situation de crise et un séjour forcé et prolongé dans une poche d’air, une salle, dans l’attente des secours. Il est composé d’une couverture de survie, d’une bougie longue durée, d’alumettes, d’une chaufferette, de deux stick chimique lumineux, d’un sachet de pourdre pour boisson énergétique, de pastilles pour désinfecter l’eau. Avec ça vous pouvez survivre plusieurs jours.

Recycleur latéral.

Là, il va être difficile de citer l’inventeur de ce truc hybride tant les tentatives des géniaux bricoleurs ont été nombreuses. Mais disons qu’en France, Christian Thomas a jeté une base méconnue et qu’ensuite Frédéric Badier* a poussé le projet jusqu’au bout. Tout d’abord avec un modèle semi fermé, le Joker et ensuite avec un modèle à circuit fermé, le Joki. Le recycleur latéral, comme nom l’indique est un recycleur qui au lieu d’être porté sur le dos (dorsal) ou sur le devant (ventral) est porté sur le coté du corps. Il a été conçu, dans ce cas, explicitement pour la plongée souterraine, avec la possibilité à tout moment de passer en circuit ouvert, voir d’abandonner l’appareil en cas de défaillance totale (noyade). Son usage de base était prévu pour se caler le long d’un bi bouteilles (scaphandre dorsal). Mais très vite, il a été utilisé en configuration « sidemount », monté en position latéral arrière avec la possibilité de le tenir devant soi pour le franchissement de passages encore plus étroit. Il peut être utilisé comme recycleur principal, il peut aussi être utilisé comme recycleur de secours en complément d’un recycleur dorsal. Il est aussi utilisé en double recycleur, un principal et un autre en secours.

Mélanges respiratoires. Nous respirons de l’air, une évidence me direz vous, composée de 21 % oxygène, de 78 % d’azote et pour le reste de quelques gaz rares. L’usage habituel, le plus simple est de remplir des bouteilles d’air et de le respirer sous l’eau. Mais, cette solution facile au demeurant présente quelques inconvénients dès que le plongeur sort des critères habituels, plongée longue durée ou plongée profonde. Plus le temps de plongée s’allonge, plus le corps emmagasine de l’azote. Ce gaz n’est qu’un diluant, un transporteur qui n’est pas consommé par notre organisme. Il comporte deux inconvénients majeur, le premier est qu’il se dissout dans notre organisme qui fonctionne comme une éponge et qui s’imprègne de toute part de ce gaz. Pour lui permettre de quitter notre corps tranquillement, à la remontée, le plongeur doit prendre son temps afin de laisser notre corps éponge se vider. Pour cela, il faut répéter des arrêts à des profondeurs prédéfinies et durant des durées variables selon e temps et la profondeur passées sous l’eau. Ensuite, cet azote devient narcotique en dessous d’une certaine profondeur. Provoquant chez le plongeur la fameuse ivresse des profondeurs. Quant à l’oxygène que nous consommons, il devient toxique à partir d’une certaine profondeur. Pur, c’est à dire respiré à 100% de concentration, il ne permet pas de dépasser les 6 mètres de profondeur. Les plongeurs professionnels et notamment les entreprises comme la COMEX, lancées à partir des années 70 dans la course aux profondeurs pour l’industrie pétrolière mirent aux points des techniques complexes de gestion des gaz afin de remédier à cette problématique de toxicité des gaz. C’est ce que l’on appelle la plongée aux mélanges, car à partir de ce moment, le gaz respiré ne sera plus de l’air mais un mélange de plusieurs composants. Pour faire très simple et jusqu’à une certaine profondeur, afin de limiter la saturation, il faut augmenter la concentration d’oxygène dans le mélange respiré. Pour aller profond, il est nécessaire d’ajouter un gaz neutre moins narcotique que l’azote, c’est à dire de l’hélium et de diminuer la quantité d’oxygène qui devient de plus en plus toxyque avec la profondeur.

Le plongeur souterrain a été très rapidement confronté à des durées d’immersion très importantes et à des profondeurs déraisonnables. Pour cela, il a emprunté ces techniques au début très confidentielles de plongée aux mélanges. Car d’une part, il faut connaître les dosages et pourcentages de chaque gaz définis en fonction de la profondeur et de la durée d’immersion. Ensuite, il faut savoir fabriquer ces mélanges, précisément et enfin, il faut être capable d’élaborer des tables de décompression spécifiques. Aujourd’hui, tout cela semble facile et accessible, tant les outils se sont démocratisés. Mais jusqu’à la fin des années 90, cela restait un peu ésotérique et surtout réservé à des plongeurs initiés, cooptés et mis dans le secret. Il n’était pas possible d’avoir les informations simplement.

Donc, pour faire simple, les gaz enrichis en oxygène s’appelle des Nitrox et les gaz utilisés avec un apport d’hélium afin de conserver la tête sur les épaules à des profondeurs plus importantes s’appellent des Trimix (3 gas, oxygène, azote, hélium). Il existe d’autres gaz pour aborder les grandes et très grandes profondeurs, mais ils restent dans le domaine de l’exception pour l’héliox, voir de l’expérimental pour l’hydréliox (utilisé uniquement dans le cadre de plongées professionnelles à saturation).

Première.

En France, dans notre milieu, faire de la « première », s’est effectuer une plongée d’exploration, une plongée où tu es le premier à découvrir la galerie. Le plongeur qui progresse dans une conduite vierge effectue de la « permière » ou « une plongée de pointe » aussi et donc il devient le « pointeur », évidemment. Le pointeur est un peu « l’élu », celui qui de toute une équipe a le privilège, l’honneur, les capacités à déflorer la virginité minérale. Certains ont eu tendance à attraper le melon avec de telles prérogatives. Un pointeur, c’est juste un mec un peu plus égoiste qui décide d’y aller et qui demande à des copains de l’aider et surtout de ne pas l’accopagner, quoi juste de l’attendre pour le retour. J’exagère un peu, juste un peu.

Prévention.

Le but final est d’explorer mais surtout de ressortir pour boire une binouze avec les copains. Pour cela, au delà de la gaudriole et des postures ultimate nous mettons tout en œuvre pour que ça se passe bien et pour plonger sereinement. Une pratique sure de la plongée souterraine s’apprend et elle ne s’obtient pas forcément très rapidement. L’apprentissage des bases, les grandes lignes sont assez faciles à acquérir, mais le petit plus qui vous fait basculer dans une pratique mature, réfléchie et raisonnée demande beaucoup plus de temps. L’observation des autres, des pratiques, des incidents, des accidents, l’évolution du matériel et des techniques poussent peu à peu vers un niveau constant de sécurité.Il y va aussi d’une maturation personnelle, d’un long cheminement. Et puis, jamais rien n’est définitivement acquis, il faut rester vigilant afin de ne pas « s’endormir » et commettre l’erreur qui peut vous faire basculer dans la zone rouge.

Topographie.

Il faut un peu se botter le cul pour réaliser la topographie. Il est plus facile de tirer du fil et de ressortir aussi sec, pour profiter du ciel bleu et de la gloire de l’exploit réalisé. Mais prendre les mensurations de la galerie, prendre le temps de cartographier les territoires explorés permet d’une part de « matérialiser » les territoires souterrains, de produire une image « concrète » de l’exploration. Et cela vous aidera et aidera les autres ensuite à planifier les futures plongées, les futures explorations. Mais c’est un travail long et fastidieux qui demande des plongées dédiées, spécifiques ou alors, sur le retour d’exploration, lorsque la galerie n’est pas trop profonde, qui souvent augmente le temps d’immersion et bien souvent les temps des arrêts pour la décompression. Mais effectuer une belle topographe, c’est le plaisir du travail bien fait, de l’artisan qui réalise un travail modeste mais précis, beau et utile. La topographie c’est un peu le truc que personne ne veut faire mais que tout le monde est bien content de trouver pour organiser ses périples cavernicoles. D’un peu point de vu pratique, il faut un fil, bien posé de préférence et de bons outils, un compas, un profondimètre, un décamètre ou et un sondeur et enfin de quoi prendre les notes. Mais aussi de la patience, de la méthode et du temps. Car une fois sorti de l’eau, il faut reporter sur papier ou dans l’ordinateur, les données récoltées. Nous relevons profondeur, distance, hauteur, largeur et ceci à chaque changement de direction où à chaque « accident » notable de la galerie.