Dube

Résurgence de la Dube dite de “Cul froid”.

J’ai une affection toute particulière pour cette résurgence atypique à plus d’un titre. Tout d’abord, elle aura été ma première exploration, après seulement trois années de pratique souterraine, j’ai découvert cette cavité « oubliée » et je me suis lancé sans hésitation dans sa découverte. Une folie car, à l’époque, jeune padawan, je n’avais absolument pas les compétences techniques pour me lancer dans une telle aventure. D’autre part, elle est unique en son genre, isolée dans cette vaste région où il n’y a rien d’autre de plongeable si ce n’est à des centaines de kilomètres. Enfin, derrière son aspect modeste, peu engageant et ses allures de « trou de chiotte », elle réservera bien des surprises auxquelles personne ne s’attendait.

Pour ma part, l’histoire commence lors d’une après midi oisive d’un quatorze juillet dans la maison familiale posée sur les bords de la Creuse. Nous venions souvent, dans ce petit coin de paradis, au centre de la France, préservé des affres de la vie moderne. Le vers était dans le fruit et je plongeais déjà à la moindre occasion, encombrant notre petite voiture de mon imposant équipement. A quelques heures de là, je venais de tremper mes palmes à Fon de Lussac, à Angoulème et mon matériel finissait de s’égoutter dans la grange. Au loin, la vision des falaises de Fongombault me rappelèrent que la région était calcaire. Et que par conséquent, il devrait peut être y avoir des sources dans le coin. J’étudiais soigneusement la carte et rapidement, le mot magique me sauta aux yeux. J’en trouvais deux, situées à quelques kilomètres de la maison, l’une sur les bords de la Creuse, en face de l’Abbaye de Fontgombault et l’autre, à l’opposée du plateau calcaire, sur les rives de l’Anglin, à Mérigny. Celle de l’abbaye ne sera jamais plongée, recouverte par une cloche d’acier pour les besoin d’un captage en eau, elle est fermée « définitivement ». Quant à l’autre, la résurgence de la Dube, dite de Cul Froid, elle va nous réserver de nombreuses surprises.

Je sautais donc dans la voiture et quatre kilomètres plus loin, je découvrais un site idyllique, une vraie petite source dont les eaux limpides sortent du sol, au pieds de la route pour se jeter immédiatement dans la rivière. Commence alors sept années d’exploration intense, une jolie petite histoire de copains qui viendront régulièrement m’aider à explorer. Nous ne doutions de rien, moi en premier car la cavité n’est pas des plus facile et ça n’est pas pour rien que plus personne ne s’intéressait à elle depuis de si nombreuses années. L’entrée excessivement étroite était un véritable traumatisme et à peine franchie, un autre rétrécissement attendait le plongeurs vingt mètres plus loin, tout ceci dans un nuage opaque d’argile et de sédiment réduisant la visibilité à zéro. Mais le pire restait toujours le retour, la sortie, car là, nous devions négocier avec la roche, dans la pénombre presque totale, enveloppés par des nuages épais et opaques de « touille ». Cette résurgence aura été notre école, notre apprentissage ce qui explique la lenteur de notre progression pour son exploration. Nous y avons appris beaucoup, les étroitures, la plongée aux mélanges, la désobstruction, la topographie, les retours sans visibilité, la plongée profonde, la plongée sidemount, appelé à l’époque plongée en latéral ou destructurée. Le matériel n’existait pas et nous devions concevoir, tâtonner et fabriquer nous même une partie de notre équipement, nous inspirant parfois des découvertes de nos aînés.

Je n’ai pu pénétrer à l’intérieur de cette source uniquement après plusieurs jours de creusement et de désobstruction. De nombreux cailloux obstruaient l’entrée et en interdisaient l’accès. Un peu plus tard, nous avons élargi le passage, à coup de marteau et de burin, dans l’étroiture d’entrée et dans la seconde, un peu plus loin. Cet aménagement ne rendaient pas les choses faciles, mais disons, juste beaucoup moins difficiles. Nous passions du cauchemar au mauvais moment à passer. Donc, nous voilà parti pour sept années d’exploration, avec des hauts et des bas, des succès et des échecs, des moments d’euphorie et de découragement. Jusqu’à la dernière plongée où, nous avons buté sur un passage très étroit, franchissable en poussant les blocs devant. Mais à soixante douze mètres de profondeur, avec la promesse d’un retour sans aucune visibilité, j’ai renoncé et je ni suis jamais retourné. L’étroiture est franchissable, mais remplie d’argile et je ne me sentais pas de pousser mes deux bouteilles de vingt litres d’une main et de tirer mon fil de l’autre, ceci dans un nuage d’argile opaque. La déception a été grande mais, l’exploration de cette cavité nous a tellement apporté, nous a tellement enrichie et nous a fait vivre de si nombreux bons moments, que nous n’avons aucun regret à avoir. J’y retourne régulièrement, pour le plaisir, pour entretenir le fil et pour glaner quelques images afin de partager avec les autres ces fragments de terre inconnue.

La petite histoire :

L’exploration de cette source, remonte à quasi préhistoire de la plongée souterraine. En 1967, un pionnier français, Bertrand Léger, alors pensionnaire dans la région et déjà passionné d’exploration souterraine parvient à pénétrer dans cette source, à l’entrée pourtant impénétrable. A cette époque, les plongeurs étaient équipés avec des scaphandres dorsaux. Dans ce cas précis, pour se faufiler dans la source, il devait pousser ses bouteilles devant lui pour progresser de vingt mètres et pour s’arrêter face à la seconde étroiture.

Les années passent et l’accès à la source se bouche complètement, suite à une érosion lente mais permanente du talus située au-dessus. Après de nombreuses tentatives manuelles pour ouvrir le passage, en 1989, les grands moyens sont utilisés afin de déblayer l’entrée. Une pelleteuse mécanique vient à l’aide des plongeurs et enfin, après des années d’efforts et d’attente, l’entrée de la source est à nouveau accessible. Dans la foulée, Thierry DELAGE toujours en bi-bouteilles dorsal, poussé devant lui, atteint laborieusement le terminus de Bertrand Léger, à moins de 20 mètres de l’entrée. Quelques plongées plus tard, un second plongeur, Thierry Boué, porte le développement de la cavité à 40 mètres, s’arrêtant devant ce qu’il pense être un croisement avec le départ de deux galeries mais qui n’est qu’un passage plus large.

Pour remettre les choses dans leur contexte, à cette époque, la plongée souterraine et les techniques employées sont encore balbutiantes et pas encore arrivée à maturité. Le plongeur s’est confronté à deux étroitures excessivement difficiles, pour ne pas dire violentes. Il évolue en poussant ses bouteilles devant lui, en déroulant le fil d’une main et avec un éclairage de mauvaise qualité. D’autre part, la cavité est remplie d’argile et la visibilité se trouble instantanément, pour devenir nulle, rendant le retour cauchemardesque.

Dix ans plus tard, en 1999, une équipe de plongeurs parisiens, les Bulles Maniacs, reprennent les explorations. Après sept années, ils lèvent la topographie complète de la cavité, ils découvrent 580 mètres de galeries et en 2006, ils s’arrêtent à 72 mètres de profondeur, devant un passage trop étroit que le plongeur ne réussit pas à franchir.

Plongeurs ayant participé à l’exploration : Michel Dessenne, Yves Roy, Philippe Wohrer, Marc Ferrante, Sébastien Lissarrague, Géry Hondeville, Joel Raimbourg, Serge Césarano, Pierre Eric Deseigne.

Données techniques :

Localisation : Située sur la commune de Mérigny, département de l’Indre, région Centre en France.

Accès : L’accès se situe le long de la route départementale D50, en direction de Lurais. Un chemin carrossable descend sur la gauche vers la rivière et donne accès directement à la source.

Spécificités : Etroitures sévères à l’entrée, à 30 mètres, à 218 mètres, à 580 mètres. Nombreux passages étroits, dépôts d’argile très important, roche friable, visibilité réduite à nulle au retour. Débit constant et important, peu ou pas de montée en crue même lors de pluies importantes.

Longueur : 580 mètres

Profondeur Maxi : 72 mètres

Nombre de siphons : 1

Profil : -9/-36/-22/-9/-22/-51/-41/-72

Équipement : sidemount et recycleur latéral pour ceux qui veulent aller plus loin.

Topographies :

Anecdotes :

Pas évident de choisir parmi toutes les « aventures » vécues dans cette source, nous y avons plongé si souvent. Un jour l’Anglin s’est mis en crue et par conséquent ses eaux chargées rentraient dans la source rendant la visibilité totalement nulle. Nous sommes revenus quelques jours plus tard pour ressortir toutes les bouteilles relais, de décompression déposées en vue de la plongée d’exploration.

Vidéos

A funny place.

Les Comptes rendus des explorations.

  1. Septembre 1999
  2. Octobre 1999.
  3. Décembre 1999.

Publications :

Plein Gaz n°8. La grotte de la Roche Noire.

Plein Gas n°11. Fontaine de Cul Froid.

Info Plongée n°82. pages 3 à 5.

Info Plongée n°83. pages 39 à 43.

Info Plongée n°84. pages 3 à 8.

Info Plongée n°86. pages 23 à 24.

Info Plongée n°87. pages 10 à 11.