Sexagésime

Deux portes pour le paradis.

La grotte de la Séxagésime, j’en ai entendue parler pendant des années et pas vraiment de manière très flatteuse. Plusieurs fois sollicité pour participer à l’exploration de cette grotte, j’ai toujours été refroidi par les récits à son sujet. Sa mauvaise réputation est due a un accès « historique » un peu étroit, à une partie basse remplie de boue et à un premier siphon pas très engageant. Alors quand je dis remplie de boue, c’est vraiment remplie, un peu comme dans les mauvais rêves ou tu essaies de courir mais en vain car tu t’enfonces dans le sol.

Encore une cavité explorée par le PSP* et par la bande à Enndewell*. Comme si je calquais mes explorations dans les leurs, souhaitant peut être inconsciemment prolonger leur travail, leur rêve. D’ailleurs nous y sommes allés avec Joël la première fois, pour faire les présentations avec ses copains du coin et avec la cavité. Pour respecter le protocole, nous sommes passés par le fameux S1 et la rivière de boue. Après avoir pris connaissance avec les lieux, effectué une première exploration mémorable dans une ambiance du tonnerre, j’y suis retourné en plus petit comité. Et comme il y a deux accès à ce réseau, j’ai choisi l’accès le plus « facile », préférant l’apesanteur aquatique même un peu longue aux bains de boue. L’utilisation des recycleurs changeant la donne, car d’une plongée complexe vingt ans plus tôt, on passe avec cet appareil, à une grosse plongée mais sans plus. Ce siphon, qui est le véritable premier siphon, appelé siphon Morel en hommage à l’un de ses premiers explorateur s’ouvre au bord de la route, dans la cabane du cantonnier. Il sort dans grande la partie exondée de la cavité, une sorte de labyrinthe qui donne accès à plusieurs hypothèses, à plusieurs galeries. La sortie de ce siphon est un peu sportive mais avec une mini tyrolienne, ça se fait facilement. Cette grotte est relativement complexe, constituée de plusieurs galeries noyées, de galeries « sèches » et de salles exondées. Elle reste sans doute l’une de mes exploration préférées, notamment la dernière plongée où je me suis fait une « overdose » de première*. Je suis rarement parvenu à « manger » toutes les galeries, à terminer toutes les explorations et à aller jusqu’au bout de toute l’exploration. Les conditions de plongée sont relativement agréables, eaux relativement chaudes, plutôt claire, une belle roche, un régal.

Pour finir, la grotte se situe dans un endroit vraiment magnifique, il s’agit des Baronnies, petite région située entre le sud de la Drôme, le nord du Vaucluse et les Hautes Alpes. La résurgence de la Sexagésime s’ouvre dans la vallée de l’Eygues, aux pieds de la montagne d’Angèle et de la commune de Villeperdrix. L’endroit est vraiment exceptionnel aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur.

La petite histoire :

La cavité est « découverte » en 1968 par le Spéléo Club Mottois, lors du soixantième jours avant Pâques, d’où le nom de “Sexagésime”. G. Joubert, P. Rasclard, R. Laudet, J.C. Doumas et R. Mouton descendent jusqu’au départ du premier siphon. Huit ans plus tard, en 1976, les plongeurs du PSP (Plongeurs Spéléos de Paris) reprenne l’exploration. Joël Enndewell franchit le premier siphon aidé par Alain Morenas, Pierre Morel et Michel Raymond. L’année suivante, en 1977, Xavier Goyet* plonge le siphon qui porte son nom ainsi qu’un second siphon. En 1981, Bernard Glon et Joël Enndewell explore 300 m du siphon du cantonnier, à partir de la route, Pierre Morel, lui explore l’autre partie, en partant de la grotte. L’année suivante, en 1982, la jonction est réalisée dans ce siphon, toujours en partant de l’entrée extérieure. Bernard Glon* explore 500 m d’une autre galerie, appelé siphon Flahaut en mémoire de ce membre du PSP, décédé de maladie en 1990.

Des années plus tard, Patrick Mugnier, explorera 150 m d’une galerie active découverte dans le siphon Flahaut. Joël Enndewell explorera 350 mètres dans le troisième siphon. En, 2007, Jean Pierre Baudu découvre une galerie parallèle de 110 m qui rejoint le terminus Enndewell dans le troisième siphon. Il prolonge l’exploration de celui ci, jusqu’à 380 m où il butte sur un laminoir à -5m de profondeur.

Après des années d’hésitation, nous voilà à pieds d’œuvre à la Sexa. En 2011, notre équipe des Bulles Maniacs avec le soutien des spéléos locaux et de Joël Enndewell reprennent l’exploration. Je prolonge l’exploration du siphon Flahaut et je découvre environ 500 mètres de galeries supplémentaires. La plongée s’arrête à 757 mètres du départ du siphon aux pieds d’un éboulis en limite d’autonomie. En 2013, avec l’aide d’Hervé Cordier et de Bernard Soulas je continue l’exploration du siphon Flahaut. Nous sortons le siphon Morel et nous transportons l’équipement jusqu’au siphon Flahaut. Le développement est porté à 860 mètres et le siphon se termine dans une salle arrosée par une cascade jaillissant de la paroi recouverte de calcite. La suite éventuelle ne peut être atteinte que par un escalade. Au retour l’ensemble des galeries « annexes » est exploré, la jonction est faite avec la boucle gauche et la galerie explorée par Patrick Mugnier est prolongée jusqu’à un terminus impénétrable.

Données techniques :

Localisation : La grotte se situe sur la commune deVilleperdrix, dans le département de la Drôme en France.

Accès : Située dans des gorges de l’Aygues au pieds de la montagne d’Angèle (1600m). Elle est accessible par deux entrées, une basse, par la cabane du Cantonnier qui donne accès au siphon Morel. L’autre entrée, dite haute est accessible par un petit sentier et elle s’ouvre aux pieds d’un petit promontoire rocheux. L’entrée naturelle de la grotte est partiellement murée.

Spécificités : Cavité complexe, avec deux axés, plusieurs branches noyées, un réseau aérien richement décoré.

Longueur totale:

Longueur noyée : 1890 m

Longueur exondée :

Profondeur Maxi : – 28 m

Nombre de siphons : 6

Nombre de salles : 4

Équipement : sidemount et recycleur pour ceux qui veulent aller loin.

Topographie :

Anecdotes :

Après nous être roulés dans la boue et la gadoue, nous descendions nous rincer et nous brosser dans l’Eygues. Lorsque l’on fait de la sépléo, c’est pratique une rivière aux eaux vives, ça permet de faire la lessive et de prendre le bain. Même en plein hiver ! Car bien évidemment nous allions à la Sexa en hiver, car à la belle saison elle est gazée et ça devient infréquentable. Je ne veux même pas connaître la température de l’eau, mais elle était vraiment froide, mais en même temps, nous ne pouvions pas rentrer couvert de boue… !

Publications :

Info Plongée n°83. pages 36 à 38.

Info Plongée n°102. pages 32 à 33.